jeudi 29 août 2013

Canossa

Dans la série, "nos si belles expressions de notre chère et belle langue française", aujourd'hui

"Aller à Canossa"
Canossa est une petite ville-château d'Emilie, en Italie, dans la province de Reggio.

(château, château... enfin, ce qui est reste !)

"Der Gang nach Canossa" est une expression presque oubliée, même en Allemagne où pourtant Bismarck qui l'a utilisée à la fin du XIXème siècle, lui a donné la célébrité.

L'expression est née en "un temps que les moins de 900 ans ne peuvent pas connaître" (Charles Azanavour), plus précisément en 1077 ; l'empereur d'Allemagne (ce n'était pas encore le pays actuel qui n'a été unifié qu'à la fin du XIXème siècle, sous Bismarck précisément), l'empereur Heinrich IV est en conflit avec le pape Grégoire VII. Depuis Charlemagne, ce sont les rois et empereurs qui nomment les évêques (à leur botte, bien entendu !), ce à quoi Grégoire VII a bien l'intention de mettre le holà ; au grand déplaisir du jeune roi, qui le fait "déposer" (c'à d qu'il le fait démettre de sa fonction de pape) par une assemblée d'évêques allemands et italiens (quand je vous disais qu'ils étaient à sa botte !).

La réponse du berger (le pape) à la bergère (l'empereur) ne se fait pas attendre : l'empereur est excommunié ; cette sanction morale est très grave à l'époque car la plupart de ses vassaux le lâchent, ce qui le met dans une situation intenable.
L'empereur doit donc se réconcilier avec le pas et implorer son pardon; ce qui a lieu à Canossa où il se présente, vêtu de bure en signe de pénitence, en plein hiver. Le pape le laisse grelotter à genou dans la neige pendant trois jours (du 25 au 28 janvier 1077) au pied du château de Mathilde de Toscane où il réside (où il s'est réfugié devant la troupe de l'empereur?) avant de lui accorder son pardon et de lever l'excommunication.

(Mathilde de Toscane, le pape et l'empereur en piteuse posture)

C'est ce qu'on appelle la "querelle des investitures" (sous-entendu : des évêques).
En 1122 l'investiture des évêques est réglée par un compromis : au nord des Alpes, l'empereur; au sud, le pape.
L'empereur n'en reste pas là mais, comme le dit (...), "ceci est une autre histoire".
Je me demande si les princes allemands n'avaient pas Canossa en tête lorsqu'ils ont soutenu Luther qui fustigeait, paraît-il, les ors et les stupres du Vatican.

Au XIXème siècle Bismarck a essayé de rééditer le coup en tentant d'imposer un ambassadeur au pape, qui déjà piqué au vif par les lois anti-catholiques de Bismarck dans son Kulturkampf, l'a refusé. L'expression de Bismarck, "Nach Canossa gehen wir nicht!", lancée devant le Reichtag, a rendu l'expression célèbre. Il paraît qu'il y aurait laissé des plumes aussi. A vérifier.

Au fait, de qui est l'expression "ceci est une autre histoire" ?
Avez-vous une idée de la raison pour laquelle un vassal se sent libéré de tout lien de vassalité lorsque son suzerain est excommunié ?

mercredi 28 août 2013

du bruit dans Landerneau

Landerneau : petite ville de Bretagne, située dans le Finistère; elle compte environ 15000 habitants (les Bretons diraient sans doute "âme", ce qui n'est pas PC). A l'échelle de la France, c'est une petite ville qui ne doit sa célébrité qu'à l'expression où elle figure.




Elle a trois origines.

  1. Une pièce du XVIIIème siècle écrite par Alexandre Duval, où un serviteur s'exclame en voyant revenir au château, près de Landerneau, son maître, réchappé d'un naufrage :"Je ne dirai rien, mais ça va faire du bruit à Landerneau!"
  2. La seconde est liée à l'usage ancien (à Landerneau mais aussi dans bien des lieux de France) du charivari qui est le chahut qu'on faisait autour de la maison des veuves qui avaient décidé - quelle idée ! - de renoncer aux joies de leur état pour replonger dans les affres du mariage, ce qui se dit aussi : convoler en secondes noces.
  3. La troisième est celle du bruit que faisait jusqu'à Landerneau le canon tiré à Brest lorsqu'un forçat s'évadait.
On parle encore maintenant du Landerneau politique, littéraire, parisien (liste illimitée) pour désigner avec ironie un petit monde qui se prend très au sérieux et parle en long et en large d'un sujet infime mais à la mode ("in" ou "trendy" en PC).


à propos du mot CHARIVARI
Du latin de basse époque caribaria emprunté au grec ancien καρηβάρεια karêbáreia qui signifie « lourdeur de tête, mal de tête ». En 1316, on trouve le mot chalivali pour nommer un ensemble de cris, de sifflets, de bruits de crécelle, tapage que l’on organisait pour huer un mariage mal assorti ou un comportement choquant. Au XVe siècle, on retrouve le terme charivari, tel que l’on le connaît aujourd’hui, pour parler d’une dispute ou de plaisanteries (entre époux). À la fin du XVIIe siècle, il est utilisé de façon péjorative à propos d’une musique.


lundi 26 août 2013

Il était un petit navire

Le Mataroa
Paquebot construit à Belfast et lancé pour le compte d'une compagnie néo-zélandaise sous le nom de Diogenes, puis repris par une autre compagnie et rebaptisé Mataroa.

(ici au port de Haïfa)

Il est célèbre pour deux voyages en particulier, tous deux effectués en 1945.

Le premier pour le compte de l'OSE (Oeuvre de Secours aux Enfants, créé par des médecins de Saint-Pétersbourg pour aider les populations juives défavoriséés, puis déplacé à Berlin où elle est présidée par Albert Einstein et, depuis 1933, établie à Paris), voyage effectué entre Marseille et Haïfa, au cours duquel il a transporté 173 enfants juifs rescapés de Büchenwald vers Israël. Et plus tard 1200 rescapés de Bergen-Belsen.

Le second, toujours en 1945, effectué entre la Grèce et Tarente en Italie, où il a transporté un grand nombre d'intellectuels grecs qui fuyaient la guerre civile, soit comme boursiers de l'état français soit à leurs frais. J'en connais deux : Kostas Axelos, grand format de la philosophie, et Cornelius Castoriadis, grand format de la philosophie, de la sociologie, de la psychanalyse.... mais il en eu bien d'autres.Tous ces jeunes qui avaient participé à la résistance contre les nazis venaient de l'institut français d'Athènes et connaissaient le français. Deux français, Octave Merlier et Roger Milliex, ont eu à coeur de les protéger contre la répression de droite qui s'abattait sur la Grèce (Kostas Axelos a été condamné à mort par contumace). Voir le blog sur la Grèce. Comme la résistance était massivement à gauche et que Churchill voyait la chose d'un mauvais oeil, il a donné son soutien à un gouvernement de droite composé entre autres de collaborateurs.
La plupart des passagers du Mataroa n'ont pu rentrer en Grèce qu'après la chute du régime des colonels, en 1974.

"On n'est pas sorti de l'auberge"

Qui fait penser au film "L'auberge rouge", de Claude Autant-Lara  avec Fernandel et Françoise Rosay entre autres.
Et laisse dans l'oubli la véritable auberge où se seraient déroulés de sinistres forfaits, et qui n'a rien de fictifs, encore que...

Il s'agit de l'auberge de Peyrebeille, dans le nord de l'Ardèche où souffle la burle (c'est le nom d'un vent d'hiver, de sinistre réputation).
Elle se trouve sur la route qui relie Le Puy-en-Velay à Aubenas, au bout du plateau archéchois. Les aubergistes et leur valet y auraient dépouillés et assassinés une cinquantaine de voyageurs. Comme c'était la seule auberge à la ronde, les voyageurs étaient contraints d'y faire halte, "ad vitam aeternam", du moins si on en croit la justice. Les trois coupables ont été décapités sur les lieux, et une stèle érigée pour commémorer les faits.
Certains contestent les faits : il n'y aurait eu qu'un seul mort, retrouvé dans un ravin, à dix kilomètres de l'auberge, où il n'est même pas certain qu'il ait séjourné. Mais dans le pays la culpabilité des aubergistes ne fait guère de doute.

Il paraît toutefois que l'expression "n'être pas sorti de l'auberge" n'aurait rien à voir avec cette histoire. En argot, auberge signifierait prison; n'être pas sorti de l'auberge, c'est devoir rester en un lieu où on est détenu contre son gré.

Pour la route : l'affiche du film avec la tête de Fernandel en moine pas très catholique





samedi 24 août 2013

et on remet le couvert

d'après le Dictionnaire historique de la langue française, d'Alain Rey, paru en 2010 (cadeau d'anniversaire JM vers 2011), suite et fin d'un blog précédent.

  1. Querelle : du latin querela = plainte, lamentation, doléance, principalement en justice. Vient du mot queri = pousser des cris plaintifs.Plus tard a pris le sens de procès, réclamation (désuet) pour se terminer provisoirement par le sens actuel de : vive opposition, altercation.
  2. Disputer : du latin disputare = mettre au net après examen et discussion, examiner une question point par point; raisonner, disserter. Le sens de "discuter, débattre" est sorti de l'usage. Il vient de dis- et de putare = nettoyer, d'où le sens de "mettre au net".
    Le sens moderne usuel est : lutter pour la possession d'une chose. En général on n'utilise plus que : se disputer.
  3. Controverse : du latin controversia = discussion, débat; vient de contra - versus = tourné vis-à-vis, discuté. Il désigne une discussion argumentée, une contestation sur une opinion, puis a fini par désigner tous les arguments échangés lors d'un tel échange.
  4. Débattre : d'abord "battre fortement" puis "discuter" ; dans sa forme réfléchie (se débattre), il signifie : au sens moral : se tourmenter ; au sens physique : lutter en faisant tous ses efforts pour se délivrer.
    Débat : désigne une controverse, une querelle ; au pluriel il désigne des délibérations (en justice, en politique).

Avec tout ça, on est bien avancé, non ?

Réponse à Elise

Voici le commentaire que m'écrit Elise sur le code de bonne conduite, et plus précisément sur l'habitude qu'auraient les seuls francophones de se cramponner à leur langue alors que tout le monde adopte l'anglais sans faire autant de manières.

"Es-tu d'accord avec tous les points?

Certains me semblent évident, d'autres (comme le courriel et tout le vocabulaire informatique francais, seule langue a refuser encore et toujours l'envahisseur) est plus une matière de goût je trouve." 


Et ma tardive réponse avec quelques ajouts et interpolations

Avec un peu de retard, voici le fruit de réflexions (un peu) plus détaillées.
La liste en question comporte bien des points fort utiles, tels que le rappel des bienfaits de la politesse.
Quant au "franglais" dans certains domaines (le mot vient du titre d'un livre de René Etiemble, déjà ancien, aussi ancien que le mal), il me paraît souvent masquer une réelle compréhension de ce qu'on fait, une paresse à rechercher le mot français équivalent (ou simplement l'ignorance de sa propre langue), ou encore un manque d'inventivité (l'invention suppose aussi un travail de réflexion).
En outre, c'est souvent un snobisme (les initiés et les "autres") et une opacité dont les spécialiste du marché ("marketing") font volontiers usage pour déconcerter et impressionner ("bluffer") leur clients par leur fausse compétence. Enfin c'est aussi une forme de politiquement correct : ne dites pas PDG mais CEO, ne dites par "personnel" mais HR...
Ceci dit, je ne contrains personne à penser comme moi mais je ne joue pas ce jeu-là, ou alors le moins possible et seulement "à l'insu de mon plein gré" (citation).

Tout autre avis est bienvenu, ainsi que les tuyaux pour faire apparaître les commentaires dans le corps du blog et non sur gmail.

vendredi 23 août 2013

si ce n'est pas un génie ?

Le petit Norbert

est né en 1894 dans le Missouri.
Le professeur Wiener 

est décédé en 1964 à Stockholm.
Père professeur de langues slaves, juif d'origine polonaise.
Mère antisémite qui ne l'a pas désiré.
Sait lire à l'âge de 1 an 1/2 (à faire peur); éduqué pour l'essentiel à la maison. Entre à l'université des Tufts à l'âge de 11 ans. Biologie (un peu), puis maths (beaucoup), puis zoologie à Harvard; Cornell et Harvard pour les maths; passe par Londres et y rencontre Bertrand Russell, revient enseigner à Harvard à 21 ans, puis au MIT (Massachussets Institute of Technology), y travaille pour l'armée américaine surtout en artillerie (missiles anti-aériens) en particulier pendant la 2ème guerre mondiale et réfléchit aussi beaucoup sur la responsabilité du savant.
Il refuse de travailler sur le projet Manhattan (mise au point de la bombe A).
Parle huit langues couramment, dont le chinois.
Il publie plusieurs livres de retentissement mondial et organise un cycle de conférences célèbre, les conférences Macy, qui vont lancer la discipline dont il est le père : la cybernétique (du grec : κυβερναω gouverner).
La cybernétique est la discipline qui traite du contrôle des systèmes, vivants et non vivants.

(ça c'est le minimum en cybernétique)

Il semblerait que Wiener, épouvanté par les horreurs de la seconde guerre mondiale qui équivalait à une faillite de tous les humanismes philosophiques et relgieux, ait pensé à substituer la gestion des biens au gouvernement des hommes. Et donc de confier cette gestion des biens à des systèmes non humains, des machines impartiales, en quelque sorte des cerveaux artificiels.

Mais je me pose une question : qui va créer et améliorer ces systèmes sinon des humains ?
Alors retour à la ligne de départ ? Les humanismes philosophiques et religieux, anciens, actuels et futurs ?
C'est ce qu'on appelle une...


...impasse
(elle est belle, non ?)


Je pense qu'il avait réfléchi à la question, pour avoir lu la citation suivante : "La cybernétique est une arme à double tranchant; tôt ou tard, elle blesse cruellement celui qui s'en sert." 

Tout de même il y a bien des questions dans son histoire
- pour avoir été critiqué au delà de toute mesure par son père pendant son enfance, il est devenu extrêmement sensible ;
- pourtant il a rompu avec nombre de ses élèves, qui voyaient en lui un père intellectuel, d'une manière très cassante;
- pourtant il a épousé Margaret Engemann qui n'a pas laissé un bon souvenir;
- pourquoi une telle maladresse, une telle distraction, une myopie aussi sévère et des moments de profonde dépression (au point qu'on l'a dit maniaco-dépressif ?

Et par ailleurs il avait des côtés très attachants:
- il avait la commercialisation de la science en horreur;
- parce qu'il n'était pas avare de ses intuitions, il se laissait voler la vedette par des personnages bien moins intelligents et talentueux que lui, qui s'attribuaient les mérites de son travail;
- il avait un grand souci des conditions de travail des ouvriers;
- il a eu maille à partir avec Mac Carthy. 


Que conclure ?
Que "la bêtise, c'est précisément de conclure" (Gustave Flaubert)

Une partie importante des sources se trouve derrière le lien suivant:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Norbert_Wiener#Citations


et aussi http://www.nytimes.com/2005/03/01/science/01book.html?_r=0

querelle & Co ou Les pièges du dictionnaire

Suite au commentaire d'Elodie auquel j'espère que vous avez accès, voici un essai d'éclaircissement qui risque de compliquer les choses.

Dans mes petites recherches, j'ai trouvé ceci, que je vous livre, "brut de décoffrage".

- Querelle : plainte, grief, accusation en justice (du latin « querela »).
- Dispute : discussion, dissension, débat ; à partir du XVIIème siècle : rivalité, querelle.

Digession latine:
- Disputare : dis-putare : diverger, être divisés (dis-) dans la pensée (putare), n’être pas du même avis.
- Discutere : dis-cutere : diviser (dis) en frappant (cutere) ; abattre, fendre en secouant, faire voler en éclat, briser, fracasser.

Retour au français
- Débattre : dé (préfixe exprimant l’intensité) – battre.

- Controverse : discussion argumentée sur une opinion, un problème, un phénomène, un fait.

La conclusion de cette recherche, c'est que finalement tous ces mots veulent dire la même chose, à rebours de ce que je pensais. Ou plus exactement l'usage a fini par effacer les différences qui les séparent, alors que benoîtement, je pensais que certains mots (dispute, controverse) désignaient une conversation argumentée, surtout intellectuelle, entre gens lucides, alors que d'autres soulignaient la violence des passions ou tout au moins un important engagement émotionnel (querelle, débat, discussion).
Un peu comme "dialogue" a fini par remplacer "conversation", surtout en PC (Politiquement Correct).

Au fait quelle est la différence entre dictature et démocratie ?
La dictature c'est "ferme ta g...!", la démocratie c'est "cause toujours!" (air connu).



samedi 17 août 2013

d'Oscar Wilde, à vous dégoûter de l'école

 'Nothing that is worth knowing can be taught,'
"Rien de ce qui vaut la peine d'être connu ne peut être enseigné".


et j'y ajoute cette citation bien sentie de Pierre Ryckmans, alias Simon Leys

"Mass instruction is a very efficient method of training. Look at military training, for instance (when it is compulsory). Raw conscripts, who are not even interested, can be taught very quickly how to walk in step and shoot straight. It is difficult to envision a conscription system that could compel half the Australian school population to attend fruitfully Asian, or any other, language classes. In the field of humanities mass education is an oxymoron. By definition, education is aimed at the individual."

Traduction:
"L'instruction de masse est une méthode d'entraînement très efficace. Prenez par exemple l'entraînement militaire (lorsqu'il est obligatoire). A de jeunes recrues, qui n'ont aucun intérêt pour la chose, on peut apprendre très rapidement à marcher au pas et à tirer juste. Il est par contre difficile d'envisager un système de conscription qui contraigne la moitié de la population scolaire d'Australie à étudier avec fruit une langue asiatique ou toute autre langue. Dans le domaine des humanités, l'expression "éducation de masse" est un oxymore. Par définition, l'éducation ne s'adresse qu'à la personne."

citation du jour

«Ce ne sont pas tant les gens cruels qui détruisent le monde que les indifférents. Les plus dangereux, ce sont les hommes gris, les conformistes, ceux qui ne se posent aucune question sur leurs actes ni sur les actions de l'entreprise pour laquelle ils travaillent.»
John Le Carré

Pour pérenniser un bon moment

When I’m sixty four
"When I get older losing my hair,
Many years from now.
Will you still be sending me a Valentine.
Birthday greetings bottle of wine.
If I'd been out till quarter to three.
Would you lock the door.

Will you still need me, will you still feed me,
When I'm sixty-four.

You'll be older too,
And if you say the word,
I could stay with you.

I could be handy, mending a fuse
When your lights have gone.
You can knit a sweater by the fireside
Sunday morning go for a ride,
Doing the garden, digging the weeds,
Who could ask for more.

Will you still need me, will you still feed me
When I'm sixty-four.

Every summer we can rent a cottage,
In the Isle of Wight, if it's not too dear
We shall scrimp and save

Grandchildren on your knee
Vera, Chuck & Dave

Send me a postcard, drop me a line,
Stating point of view.
Indicate precisely what you mean to say
Your's sincerely wasting away.
Give me your answer, fill in a form
Mine for evermore.

Will you still need me, will you still feed me
When I'm sixty-four"

avec l'interprétation
http://www.youtube.com/watch?v=eCss0kZXeyE



mercredi 14 août 2013

Virginia Satir

à la rubrique Feuilles oubliées, feuilles retrouvées, voici une quinzaine de maximes de Virginia Satir (voir un blog précédent) qui m'ont parues juste, utiles, et encourageantes.
Bonne lecture

Pour apprendre à s'estimer soi-même.
1. Ce n'est pas parce que quelqu'un d'autre n'aime pas ce que je fais, ce que je dis, ce que je pense ou ce que je ressens que je dois me sentir coupable.
2. C'est très bien d'être en colère et de l'exprimer en y mettant la manière.
3. Je n'ai pas à endosser l'entière responsabilité de décisions, surtout lorsque d'autres en partagent la responsabilité.
4. J'ai le droit de dire "Je ne sais pas".
5. J'ai le droit de dire "Non," sans me sentir coupable.
6. J'ai le droit de dire "Je ne comprends pas," sans me sentir idiot.
7. Je n'ai pas à présenter d'excuses ou de donner des raisons lorsque je dis "Non."
8. J'ai le droit de demander à d'autres de faire quelque chose pour moi.
9. J'ai le droit de repousser les demandes qui me sont adressées.
10. J'ai le droit de dire aux autres que je pense qu'ils me manipulent, qu'ils me roulent ou qu'ils manquent d'égards.
11. J'ai le droit de refuser des responsabilités supplémentaires sans me sentir coupable.
12. J'ai le droit de dire aux autres que leur comportement me dérange.
13. Je n'ai pas à me compromettre.
14. J'ai le droit de commettre des erreurs et d'en être responsable ; j'ai le droit d'avoir tort.
15. Je n'ai pas à être aimé, admiré ou respecté par tous pour tout ce que je fais.



Les sept sages de l'Antiquité

sur un air connu, celui des 7
les 7 merveilles du monde, les 7 oeuvres de miséricorde, les 7 ...

Rappelez-vous l'allusion dans la fable de La Fontaine sur "le savetier et le financier"

"Un Savetier chantait du matin jusqu'au soir :
C'était merveilles de le voir,
Merveilles de l'ouïr ; il faisait des passages,

Plus content qu'aucun des sept sages."

Pas plus que pour les merveilles du monde, il n'y a d'accord sur les noms des sept sages.
Les listes sont multiples et donc aussi les querelles et les disputes (au fait quelle la différence entre querelle et dispute ?).

Je vous en donne une qui a l'immense avantage de comporter des noms que je connais.
- Stilpon,
- Chilon,
- Thalès,
- Pythagore,
- Empédocle,
- Phérécyde,
- Anacharsis.

Et une autre, pour les citations et le plaisir des prénoms

Sage
Devise
Traduction
Thalès de Milet
Ἐγγύα, πάρα δ᾽ ἄτα.
« Ne te porte jamais caution. »
Solon d'Athènes
Μηδὲν ἄγαν.
« Rien de trop. »
Chilon de Sparte
Γνῶθι σεαυτόν.
« Connais-toi toi-même. »
Pittacos de Mytilène
Γίγνωσκε καιρόν.
« Reconnais l'occasion favorable. »
Bias de Priène
Οἱ πλεῖστοι κακοί.
« La plupart des hommes sont mauvais. »
Cléobule de Lindos
Μέτρον ἄριστον.
« La modération est le plus grand bien. »
Périandre de Corinthe

« Prudence en toute chose. »

Certains exerçaient un métier suspect à nos cervelles du XXIème siècle: Périandre était un tyran; d'autres avaient un boulot plus normal : Solon un juriste et un politique, et Thalès un astronome et mathématicien.

Périandre avait un homonyme qui possédait la sagesse, dont le tyran aurait été crédité, à tort, du moins pour Platon.
et blablabla...
Je laisse les noms de ces messieurs en hyperliens, pour que vous puissiez vous informer plus amplement si vous le désirez.



dimanche 11 août 2013

Guillaume et Guillaume

J'allais oublier : Guillaume d'Occam, celui du rasoir, et Guillaume de Baskerville, celui d'Umberto Eco, dans le Nom de la Rose (le film se traîne loin derrière le roman, si vous voulez mon avis.

Tous deux sont franciscains, tous deux sont plutôt rationalistes; l'un (de Baskerville) cite le rasoir de l'autre (d'Occam) " « il ne faut pas multiplier les explications et les causes sans qu'on en ait une stricte nécessité » lors des vêpres du premier jour.



L'autre source du nom du personnage (faut-il vous le rappeler ex-inquisiteur qui remet ça à la suite de morts suspectes dans le monastère), est Sir Arthur Conan Doyle et son roman "Le chien des Baskerville."

Pour terminer une pensée émue (et intéressée) pour le chirurgien plasticien qui sponsorise est le mécène de ce blog)


Avant




Après



Guillaume d'Occam (ou d'Ockham) et son rasoir

Le rasoir de Guillaume d'Occam n'a jamais rasé de barbe, sauf celles des fantaisies débridées ou des pensées fumeuses.

D'abord le portrait


A la forme on devine qu'il s'agit d'un ancien : Moyen-Age anglais, a vécu de 1285 à 1347, franciscain ; philosophe, théologien et logicien fameux, insistait sur les faits au détriment des spéculations sur les essences, et à ce titre considéré comme un des précurseurs de la pensée scientifique.
Niait les preuves de l'existence de Dieu et contestait l'autorité TEMPORELLE du pape. Faut-il ajouter qu'il a eu quelques ennuis ?

Son rasoir est un outil de réflexion que je vous livre, brut de décoffrage, c'est-à-dire en latin :

"Pluralitas non est ponenda sine necessitate"
« Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité. »

En français, n'inventez pas de cause à ce que vous observez s'il y a moyen de faire autrement.

Note : la variante la plus connue "Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem" (litt.: « Les entités ne doivent pas être multipliées par delà ce qui est nécessaire ») lui est aussi attribuée, sans fondement prouvé ; elle est pourtant plus compréhensible, ce qui explique sans doute sa popularité.

Le rasoir d'Occam est aussi appelé "rasoir des nominaux" (l'expression est de Condillac - XVIIIème siècle), car Occam était un nominaliste (objet d'un blog futur) ; on le lui attribue car il l'a formulé en six mots mais il est très ancien et reconnu par d'éminentes figures de la pensée ; qu'on en juge: Aristote, Ernst Mach, Morgan (celui du principe du même métal), Bertrand Russell et Wittgenstein.
Il a été prouvé et formalisé en termes mathématiques par Solomonoff (Ray ~ 1926-2009); on l'appelle aussi "principe de parcimonie".

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Mais revenons-en à notre cher bourricot



Dans l'histoire de l'âne de Buridan, Buridan était d'avis qu'un humain n'aurait pas hésité comme l'âne car il est capable de choix, donc il est libre. Son maître, Guillaume d'Occam, était de l'avis contraire : l'homme est aussi déterminé que l'animal.
On peut donc être un brillant élève et s'opposer à son maître; c'est même souvent (mais pas toujours) cela qui les distingue des autres.

jeudi 8 août 2013

Publius Vergilius Maro

plus couramment appelé Virgile est un poète romain, qui écrivait donc en latin, et non en grec comme tous ceux qui se piquaient de culture à Rome. Comme de nombreux "artistes" (le mot n'existait pas à l'époque), il devait parfois - et peut-être toujours - faire des travaux de commande, "pour faire bouillir la marmite".

Comme il était bien en cour chez l'empereur (c'était le premier : Auguste), c'est à la demande de l'empereur qu'il s'est appuyé un pensum promis à une gloire "éternelle"; à voir l'éducation de la jeunesse d'aujourd'hui (o tempora o mores!), on voit ce que vaut l'éternité à quoi rêvent les hommes. Au moins il a celle des encyclopédies.

Virgile donc, né en 70 avant le comput actuel (qui n'est pas le seul, loin s'en faut) et "disparu" (voir ma note sur le PC - politically correct) à Brindisi dans les Pouilles (capitale: Bari), en 19 soit à l'âge de 51 ans. Son grand oeuvre n'étant pas achevé, il avait demandé qu'il soit détruit, ce qu'à l'empereur ne plaise. Mais un empereur, surtout le premier, n'obéit à personne ; question d'autorité. 

L'empereur

et le poète


L'empereur ET le poète


Son "pensum" est considéré comme un des chefs-d'oeuvre de la littérature mondiale ; par conséquent il y a longtemps qu'on ne le lit plus, même à l'école de notre temps.

Assez attendu : le pensum s'intitule "L'énéide", ainsi nommé d'après le nom d'Enée, prince troyen qui a fui sa ville en flamme et pillée par les Grecs, pour s'en aller fonder une ville nouvelle et un nouvel empire : Rome bien sûr, puisqu'il fallait prendre l'empereur dans le sens du poil.

Si on se souvient que Troie a été prise par une ruse (le cheval de Troie, présenté comme un cadeau des Grecs aux Troyens), on appréciera la petite phrase que Virgile place dans la bouche d'Enée :

Timeo Danaos, et dona ferentes.
Je me méfie des Grecs, surtout quand ils offrent des cadeaux (ndt)

à retenir et à méditer.

Au fait, l'empereur ne s'occupait pas personnellement de l'activité des poètes et artistes ; il en chargeait un de ses hommes de confiance nommé Caius Cilnius Maecenas, né en 70 BC et mort (oups! ça m'a échappé !) disparu en 9 BC également, que nous appelons Mécène, sans majuscule. Comme le monde est petit !
Ce qui me fournit l'occasion d'une seconde maxime latine:

De minimis non curat praetor.
Le prêteur ne s'occupe pas de l'intendance (ndt)

et voici l'homme qui s'occupait "de minimis"


mercredi 7 août 2013

Jean de LA FONTAINE   (1621-1695)



La Laitière et le Pot au lait

Perrette sur sa tête ayant un Pot au lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple, et souliers plats.
Notre laitière ainsi troussée
Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait, en employait l'argent,
Achetait un cent d'oeufs, faisait triple couvée ;
La chose allait à bien par son soin diligent.
Il m'est, disait-elle, facile,
D'élever des poulets autour de ma maison :
Le Renard sera bien habile,
S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s'engraisser coûtera peu de son ;
Il était quand je l'eus de grosseur raisonnable :
J'aurai le revendant de l'argent bel et bon.
Et qui m'empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?
Perrette là-dessus saute aussi, transportée.
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La dame de ces biens, quittant d'un oeil marri
Sa fortune ainsi répandue,
Va s'excuser à son mari
En grand danger d'être battue.
Le récit en farce en fut fait ;
On l'appela le Pot au lait.

Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ?
Chacun songe en veillant, il n'est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi ;
On m'élit roi, mon peuple m'aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
Je suis gros Jean comme devant.
   --------------------------------------------------------------------------
D'où l'expression courante (moins maintenant): "être gros Jean comme devant", autrement dit: n'être guère avancé.
A l'école primaire, on nous faisait apprendre par coeur la première partie de la fable. Et pas la seconde dont j'ignorais même l'existence, mis à part les deux premières phrases que j'ai sans doute lues ailleurs. Il faut dire que l'instit' était très chatouilleux sur le chapitre de la pureté et que les manuels scolaires étaient écrits par des ecclésiastiques. Etait-ce mal ? Etait-ce bien ? Bien malin qui le dira. Autres temps, autres moeurs !

Pour tout le monde

de Joachim DU BELLAY   (1522-1560)

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.



Ce n'est évidemment pas la langue d'aujourd'hui, encore moins le SMS ou le verlan puisque c'est du XVIème siècle.
Monsieur du Bellay (1522-1560) est mort jeune : 38 ans, la moitié de nos âges ou peu s'en faut.
Le portrait est ressemblant, sans doute davantage que ceux de Confucius ou de Bouddha ou même de Buridan; mais c'est fou ce qu'ils dégagent d'ennui, malgré le beau costard !




Un film homonyme d'Henri Colpi, réalisé en 1970, raconte l'amitié entre un vieux garçon de ferme (Fernandel dont c'est le dernier film comme acteur) et son aussi vieux cheval Ulysse, destiné à finir dans les arènes d'Arles, qui s'en vont tous deux vers la Camargue, pour sauver Ulysse d'une aussi triste fin (car en PC - Politiquement Correct - on ne dit plus "mort" et à peine "décédé").
Wikipedia et imdb ( http://www.imdb.com/title/tt0064423/combined) vous en apprendront davantage sur le film.

Georges Brassens s'est inspiré du  poème pour écrire une chanson homonyme également ; vaut l'écoute !
http://www.youtube.com/watch?v=GWlLNpJE1zI

pour Cécile

ou: sur le bonheur d'être riche...mais de quoi et comment ?

Jean de LA FONTAINE   (1621-1695)

Le Savetier et le Financier

Un Savetier chantait du matin jusqu'au soir :
C'était merveilles de le voir,
Merveilles de l'ouïr ; il faisait des passages,
Plus content qu'aucun des sept sages.
Son voisin au contraire, étant tout cousu d'or,
Chantait peu, dormait moins encor.
C'était un homme de finance.
Si sur le point du jour parfois il sommeillait,
Le Savetier alors en chantant l'éveillait,
Et le Financier se plaignait,
Que les soins de la Providence
N'eussent pas au marché fait vendre le dormir,
Comme le manger et le boire.
En son hôtel il fait venir
Le chanteur, et lui dit : Or çà, sire Grégoire,
Que gagnez-vous par an ? - Par an ? Ma foi, Monsieur,
Dit avec un ton de rieur,
Le gaillard Savetier, ce n'est point ma manière
De compter de la sorte ; et je n'entasse guère
Un jour sur l'autre : il suffit qu'à la fin
J'attrape le bout de l'année :
Chaque jour amène son pain.
- Eh bien que gagnez-vous, dites-moi, par journée ?
- Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours ;
(Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes,)
Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours
Qu'il faut chommer ; on nous ruine en Fêtes.
L'une fait tort à l'autre ; et Monsieur le Curé
De quelque nouveau Saint charge toujours son prône.
Le Financier riant de sa naïveté
Lui dit : Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône.
Prenez ces cent écus : gardez-les avec soin,
Pour vous en servir au besoin.
Le Savetier crut voir tout l'argent que la terre
Avait depuis plus de cent ans
Produit pour l'usage des gens.
Il retourne chez lui : dans sa cave il enserre
L'argent et sa joie à la fois.
Plus de chant ; il perdit la voix
Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.
Le sommeil quitta son logis,
Il eut pour hôtes les soucis,
Les soupçons, les alarmes vaines.
Tout le jour il avait l'oeil au guet ; Et la nuit,
Si quelque chat faisait du bruit,
Le chat prenait l'argent : A la fin le pauvre homme
S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus !
Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme,
Et reprenez vos cent écus.

Mais j'y songe : savez-vous qui étaient les sept sages ?

mardi 6 août 2013

Un jeu pour vous ouvrir les yeux sur l'utilisation de vos données personnelles par internet

Jetez un coup d'oeil sur le site suivant http://datadealer.com/

Très instructif mais en anglais ou en allemand seulement. Gratuit mais rien ne vous empêche de donner.
Bizarrement il est distribué via Facebook qui en est une des cibles majeures.

A titre documentaire, voici l'article que LC y consacre.

"Chaque jour, des milliards de données sont collectées par les géants de l’Internet, qu’ils s’appellent Google, Facebook ou Meetic. En enregistrant nos déplacements et commentaires sur la Toile, ces sites peuvent se faire une idée assez précise de nos goûts et de nos habitudes d’achat (lire aussi p. 2-3). Et en profitent pour nous inonder, entre autres maux, de publicités ciblées et d’offres personnalisées. Si les internautes commencent à prendre la mesure du « pistage », ils ont en général une idée très vague des ressorts de cette collecte d’informations. C’est pour lever le voile sur ce juteux commerce que Data Dealer vous propose de vous mettre dans la peau de l’un de ces « capitalistes de l’ère numérique ».
À travers ce jeu, gratuit et diffusé en licence libre, vous construisez votre base de données. Tous les moyens sont bons pour encourager
de faux utilisateurs à vous livrer leurs informations personnelles. Par exemple, en les poussant à s’inscrire sur des sites de rencontres.
Pratique pour connaître leur âge, orientation sexuelle ou couleur de cheveux… Vous pouvez ensuite revendre cette masse de détails à des sociétés de marketing, des entreprises ou des agences d’État peu scrupuleuses. Le jeu a été conçu par une petite équipe de  développeurs militants des droits des internautes basée à Vienne.
Pour Wolfie Christl, l’un de ses créateurs, « la plupart des gens ne savent pas ce qui peut arriver à leurs informations personnelles » et le jeu « les sensibilise bien mieux que si on leur faisait la leçon ». Disponible en anglais et en allemand, la plate-forme cherche à se faire connaître pour financer son développement. Où cela ? Sur Facebook, roi de la collecte de données…"


Remi Noyon - La Croix du 06/08/2013

La Tour de Nesle et l'affaire du même nom

Pour rappel: affaire à laquelle Buridan est étranger, quoique dise François Villon (voir un blog précédent).

En réalité elle s'appelle Tour Hamelin mais comme elle est située près de l'Hôtel de Nesle, elle en a rapidement reçu le nom.
Cette tour faisait partie de l'enceinte de Paris, construite par Philippe-Auguste et faisait face à la Tour du Louvre. Elle aurait été détruite par la suite. En voici cependant le dessin qu'en fait Jacques Calot.


Il y a deux affaires de la Tour de Nesle:

- la vraie date de 1314. C'est une affaire d'état où se mêlent amours illicites ("le cul"), questions d'honneur (mais pas trop) et de gros sous ("et les écus").
Les trois fils de Philippe le Bel sont mariées à trois princesses (Marguerite, Jeanne et Blanche) qui amènent gaîté et charme dans le lugubre palais royal ; très vite on laisse sous-entendre qu'elles "reçoivent de jeunes hommes". La visite à Paris d'Edouard II d'Angleterre et de sa femme Isabelle (fille de Philippe le Bel) met le feu aux poudres : Isabelle remarque à la ceinture de deux jeunes chevaliers, les frères Gauthier et Philippe d'Aulnay, des aumônières semblables à celles qu'elle a elle-même offertes à ses deux belles soeurs, Marguerite et Blanche. Ce n'est pas encore l'Inquisition, mais c'est quand même la "question" : les deux jeunes gens avouent et les princesses itou. Je vous fais grâce de ce qui arrive aux jeunes gens, c'est sur internet) ; les deux princesses coupables sont tondues, habillées de bure et jetées au cachot des Andelys; après la mort de Philippe le Bel, Marguerite va mourir de froid au Château Gaillard (à voir la photo, on comprend pourquoi)


tandis que Blanche se retire à l'Abbaye de Maubuisson, après avoir été répudiée par le nouveau roi, son (désormais ex-) mari.

Jeanne devient reine de France car si elle est coupable d'avoir couvert les galipettes de ses soeurs, la répudier obligerait le roi à rendre sa dot qui est la Franche-Comté ; convenons-en avec lui l'honneur n'est pas à ce prix : il garde Jeanne comme épouse ("les écus").

- les légendes (Maurice Druon; Michel Zevaco, Brantôme...), amusantes mais très improbables, ne fût-ce qu'en raison du trajet de la Seine à l'époque ou de l'âge de Buridan qui n'avait que 14 ans à l'époque cette affaire.

Quelques éclaircissements pour terminer:

1. "Le cul et les écus" sont ce qui mène le monde (parole d'un banquier d'Overijse, en français dans le texte).

2. Les trois fils de Philippe le Bel sont
- Louis X le Hutin, époux de Marguerite de Bourgogne
- Philippe V le Long, époux de Jeanne idem
- Charles IV le Bel, époux de Blanche idem

4. Louis a succédé à son père puis a dû céder la place à Philippe le Long et à Jeanne de Bourgogne qui est donc devenur reine de France.

5. Hutin signifie entêté, querelleur, têtu, disputeur. Le français d'aujourd'hui étant plus direct, je vous en laisse trouver l'équivalent. Ceci dit, il fallait que Louis le Hutin en ait fait beaucoup pour qu'on l'écarte.

Inutile de vous dire que cette histoire a été un prétexte à de nombreuses adaptations salaces et romancées au cinéma et dans la littérature.

En finale, une image qui représente les différents protagonistes. A vous de les reconnaître.