lundi 30 juin 2014

Laus stultitiae


« Le cerveau de l’imbécile n’est pas vide, il est encombré.                                                                                               Les idées y fermentent au lieu de s’assimiler »
Georges Bernanos 



Une consolation quand même...


(si encore c'étaient des idées ! Maintenant ce sont les pub' qui fermentent. Alors l'odeur, je vous dis pas !)

jeudi 26 juin 2014

14-18

Camptocormie : καμπτος - courbé + κορμος - le tronc


Mot proposé par le Dr Achille Souques (le dernier interne de Charcot - voir photo) et Mme Rosanoff en 1915.
La guerre de 14-18 a souvent été décrite comme une guerre de position, où les deux armées se faisaient face, de tranchée à tranchée. Or pour se déplacer dans certaines tranchées, il valait mieux marcher courbé.
Comme certains soldats persévéraient dans cette attitude, même la guerre finie, on leur a collé l'étiquette charmante de camptocormie (le grec ça sonne bien et ça fait scientifique) ; on y attachait l'épithète tout aussi charmant d'hystérique, mot pourtant d'habitude réservé aux femmes (hystérie vient du mot grec υστερος  qui signifie utérus), histoire de suggérer que ces soldats n'étaient que des femmelettes, des lâches, des poltrons*.

Pourtant il y avait bien d'autres explications possibles (rhumatismes, faiblesse des muscles dorsaux, ostéoporose, tuberculose vertébrale, maladies neurologiques myopathies etc...) mais comme peu de gens aiment faire la guerre, il était plus simple de fermer la voie vers un diagnostic lucide et de faire la morale aux hommes pour les envoyer se faire tuer.

Bien plus tard on a compris que les guerres blessent de mille et une façons. Après le terme de névrose de guerre ou de combat, est venu celui de PTSD (Post Traumatic Stress Disorder) ; comme ça venait d'Amérique, ce ne pouvait être que vérité révélée, et aujourd'hui ce n'est plus le grec mais l'anglais qui fait sérieux. Au point de devenir un diagnostic envahissant. N'empêche ! Quand pendant quatre ans on a risqué sa vie à se tenir droit comme un i, on a quelque excuse à en garder un air penché.

Enfin cette camptocormie est bien plus fréquente en temps de paix que pendant une guerre; l'âge et l'ostéoporose se chargent de nous ramener à la mesure. Après tout, si humain vient de humus, quoi de plus normal que de chercher son salut dans "notre mère la terre" (ça c'est pour pas se faire mal voir des écolos).

Comme l'écrivait Alphonse Allais dans une rédaction où il fallait imaginer la réponse de Clovis à l'adresse de St Remi ("Courbe-toi, fier Sicambre !"), lors de son baptème à Reims:
"Cambre-toi, vieux si courbe !"

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* Poltron vient des mots latins pollix (le pouce) et truncatus (tranché) car, dit-on, ceux qui refusaient le service armé se tranchaient le pouce, ce qui, faut-il le préciser, rend le maniement de la lance et de l'épée, et de bien d'autres choses, assez malaisé. Sans doute les fils de famille étaient-ils les seuls à pouvoir se permettre ce luxe, les autres n'ayant pas les moyens de se payer des esclaves.

lundi 23 juin 2014

Dictature

 Introduction


...suite et fin



Foin de ces barbares pratiques ; point n'est besoin de couper les têtes car la télévision suffit largement à les vider. N'est-ce pas une belle chose que le progrès technique et scientifique ?

Poudrière


Quand on voit la carte et qu'on connaît l'immensité de la population chinoise, on comprend pourquoi la Chine tient au Tibet : où mettre tous les chinois sinon ?

C'est maintenant au tour du Xinjiang (qui signifie "nouvelle frontière" - 新疆) de faire parler de lui ; son territoire est immense également et son sous-sol est extrêmement riche en hydrocarbures, en gaz et en gaz de schiste. Mais pas plus que les Tibétains, les Ouighours ne sont des Han.
Le Xinjiang est parfois appelé Turkestan oriental (éviter le mot en Chine !), partie de la Tartarie chinoise.

Et en outre les Ouighours sont musulmans et causent une langue proche du turc.

Capitale: Ürümqi. De petit caravansérail sur la route de la soie elle s'est très vite muée en ville moderne, aux portes du désert du Taklamakan,


Taklamakan signifierait "lieu des ruines" ; son surnom: "Mer de la mort", tout un programme ! Un des déserts les plus arides au monde. C'est le mururoa chinois.
Autres petits déserts sympa :celui de Dzoosotoyn Elisen et enfin celui de Kumtag.

Inutile de dire que les Ouighours se passeraient bien des chinois. Parmi leurs voisins on note le Pakistan (une longue frontière) et l'Afghanistan (un petit pertuis). Coïncidence, sans doute.

Ürümqi est extrêmement surveillée : à l'entrée, à la sortie et dans la ville même.

Il faut dire que ces derniers temps il s'en est passé de belles: 31 morts et 90 blessés lors d'une attaque à l'explosif dans un marché de la capitale en mai; en mars attaque et meurtre de 29 chinois par des ouighours dans une gare du Yunnan; attaque à l'explosif sur la place Tien An Men.
On comprend que le pouvoir chinois cherche à détourner l'attention vers l'ennemi étranger: Vietnam et Japon en particulier.

jeudi 12 juin 2014

maxime du fond des âges


"Heureux qui fait une montagne d'une souris car il n'a jamais connu la montagne."

lundi 9 juin 2014

"c'est parler contre sa pensée dans l'intention de tromper"

A propos de "de-bunking" - sur une question de Marie-Claude

Ex-plica-tion (sortir quelque chose des plis)

Depuis longtemps je me demande ce qui lie les mots au réel, ou du moins ce que nous en percevons. Il me semble que ce lien s'est beaucoup détendu mais depuis quand ? Depuis quand n'appelle-t-on plus "chat" un chat. Si on sait que dans "1984" d'Orwell, le ministère de la guerre est appelé "ministère de l'amour" et que "1984" a été écrit en 1948, il est probable que l'élastique s'est détendu avant cette date.



La propagande a bien sûr toujours consisté à tordre le sens des mots, et c'est bien pourquoi la première victime des guerres est cette relation serrée (d'identité) entre mots et réalité, que nous appelons "vérité". Ce que me semblent bien décrire les trois citations de l'article en question.

Depuis quand, pourquoi et comment cette identité entre mots et réalité est-elle gauchie ?

A la première question, j'ai pensé : depuis 1914, avec le "bourrage de crâne". A vérifier. Les médias ont bien sûr accéléré le mouvement. Auparavant c'était sans doute moins aisé (encore que M. Théophraste Renaudot publiait parfois des articles de Louis XV, me suis-je laissé dire).

A la seconde : parce qu'on poursuit un but précis, qu'on parle avec un calcul, une idée en tête, bref parce qu'il ne s'agit plus du tout de serrer la réalité au plus près.

Comme les démons des textes évangéliques, les buts poursuivis sont légion : manipuler une foule ou simplement son interlocuteur, vendre un produit ou un service quelconque, se décharger de ses responsabilités ou de sa culpabilité, semer la confusion (ce que Balzac appelait "rabouiller"* ) pour détourner l'attention de son but réel.

A la troisième (le "comment") la réponse est simple : toutes les ressources de la langue et en particulier la rhétorique jointe au calcul.


En un mot comme en cent, tordre le lien entre les mots et les choses, c'est mentir. On ne sortira pas et comme le disent les textes cités, "le menteur est le prince de ce monde."
Autant le savoir.

Encore ?


Et celle-ci pour la bonne bouche, et puis c'est tout.



* Rabouiller c'est pêcher en eau trouble, ce qui est la façon habituelle d'attraper les écrevisses.

Pour Marie-Claude, interprétée par Cécile, Thomas et Anne-Marie - avec mes remerciements pour le travail


On se marie tôt à vingt ans
Et l'on n'attend pas des années
Pour faire trois ou quatre enfants
Qui vous occupent vos journées
Entre les courses la vaisselle
Entre ménage et déjeuner
Le monde peut battre de l'aile
On n'a pas le temps d'y penser

Faut-il pleurer, faut-il en rire
Fait-elle envie ou bien pitié
Je n'ai pas le cœur à le dire
On ne voit pas le temps passer


Une odeur de café qui fume
Et voilà tout son univers
Les enfants jouent, le mari fume
Les jours s'écoulent à l'envers
A peine voit-on ses enfants naître
Qu'il faut déjà les embrasser
Et l'on n'étend plus aux fenêtres
Qu'une jeunesse à repasser

Faut-il pleurer, faut-il en rire
Fait-elle envie ou bien pitié
Je n'ai pas le cœur à le dire
On ne voit pas le temps passer


Elle n'a vu dans les dimanches
Qu'un costume frais repassé
Quelques fleurs ou bien quelques branches
Décorant la salle à manger
Quand toute une vie se résume
En millions de pas dérisoires
Prise comme marteau et enclume
Entre une table et une armoire

Faut-il pleurer, faut-il en rire
Fait-elle envie ou bien pitié
Je n'ai pas le cœur à le dire
On ne voit pas le temps passer

Madame Bertini (c'est la vieille dame) a élevé cinq enfants, les a vus partir et a perdu son mari.
Comme à l'âge dit Moyen (le Moyen-Age qui n'était pas moyen du tout), le veuvage est pour elle l'occasion de vivre libre, "pour elle" comme on le dit si étourdiment.
Vivre, tout court, c'est déjà un sacré programme, que d'aucuns estiment "indigne" d'une dame de son âge.

Le film est de René Allio, 1965; le scénario, de Bertold Brecht et  la chanson, de Jean Ferrat.

de-bunking

" Il y avait beaucoup de mots qu’on ne pouvait plus tolérer et, en fin de compte, seuls les noms des localités avaient conservé quelque dignité. Il en était de même de certains numéros et de certaines dates. Avec les noms des localités, c’était tout ce qui avait encore un semblant de signification. Les mots abstraits tels que gloire, honneur, courage ou sainteté étaient indécents, comparés aux noms concrets des villages, aux numéros des routes, aux noms des rivières aux numéros des régiments, aux dates."
fm Ernest Hemingway, L'adieu aux armes (1929)
Paroles d'un jeune américain s'engage dans la Croix-Rouge italienne pour secourir les victimes de la première guerre mondiale.


  "J'ai dit que notre baptême du feu, à tous, fut une initiation tragique. Le mystère ne résidait pas, comme les non-combattants le croient, dans l'effet nouveau des armes perfectionnées, mais dans ce qui fut la réalité de toutes les guerres. Sur le courage, le patriotisme, le sacrifice, la mort, on nous avait trompés, et aux premières balles nous reconnaissions tout à coup le mensonge de l'anecdote, de l'histoire, de la littérature, de l'art, des bavardages de vétérans et des discours officiels. Ce que nous voyions, ce que nous éprouvions n'avait rien de commun avec ce que nous attendions, d'après ce que nous avions lu et tout ce qu'on nous avait dit...."
fm Jean Norton Cru, Témoins (1929)
Pour faire sa connaissance http://www.srlpleroy.net/biblio/cru.htm)


"Le sang de ces hommes, pourquoi fut-il versé, sinon pour des imaginations ? Nous vivons, nous mourons pour des rapports qui n'existent que dans notre esprit, et plus encore dans notre sensibilité. Nous vivons, nous mourons pour de l'invérifiable."
fm Henry de Montherlant, Chant funèbre pour les morts de Verdun (1925)

Creuser un abime entre les mots et les choses, c'est la propagande. L'inverse, c'est le "de-bunking"* : dégonfler, crever les baudruches, exposer le ridicule d'affirmations souvent pompeuses et toujours fausses.
Malheureusement l'un et l'autre sont aussi anciens que la parole.


* Ce que j'ai appris : BUNK
"Bunk" vient d'un petit comté de Caroline du Nord dont le représentant à la chambre, le sieur Felix Walker, s'était senti obligé de parler à la chambre, ce qui donna une intervention particulièrement creuse et pénible. Le comté s'appelle Buncomb ("County" bien sûr) qui est vite devenu Bunkum, abrégé en "bunk". Le représentant s'étant fait retendre les bretelles**  par ses pairs, il s'est tiré d'affaire en donnant l'explication ci-dessus.

** Pour votre gouverne : on remonte le pantalon en retendant les bretelles ; j'en suis encore à me demander comment on "remonte les bretelles" à quelqu'un. Quelque chose m'a sans doute échappé.

ne jamais manger avec le diable...

" Dans la perspective du débarquement en Sicile du 10 juillet 1943, le gouvernement américain a cru habile de faire appel au concours de la Mafia. C'est ainsi qu'il a fait libérer le bandit Lucky Luciano et l'a envoyé en Sicile pour réveiller la pieuvre (surnom de la Mafia) que le gouvernement de Mussolini avait réussi non sans peine à éradiquer.
Washington a renouvelé cette erreur dans les années 1980 en faisant alliance avec le mouvement islamiste Al-Qaida dans la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan." (http://www.herodote.net/6_juin_1944-evenement-19440606.php)

...même avec une cuiller à long manche 


lundi 2 juin 2014

Life


"... J'étais en train de parler aux sentinelles en vue de la relève de la garde. Soudain, au beau milieu d'une phrase, je sentis... c'est très difficile à décrire ce que je sentis, bien que j'en conserve un souvenir très vif et très net.
Généralement parlant, j'eus l'impression d'être au centre d'une explosion. Il me sembla y avoir tout autour de moi un grand claquement et un éclair aveuglant, et je ressentis une secousse terrible - pas une douleur, seulement une violente commotion, comme celle que l'on reçoit d'une borne électrique, et en même temps la sensation d'une faiblesse extrême, le sentiment de m'être ratatiné sous le coup, d'avoir été réduit à rien. Les sacs de terre en face de moi s'enfuirent à l'infini. J'imagine qu'on doit ressentir à peu près la même chose lorsqu'on est foudroyé. Je compris immédiatement que j'étais touché, mais à cause du claquement et de l'éclair je crus que c'était un fusil tout près de moi dont le coup, parti accidentellement m'avait atteint. Tout cela se passa en beaucoup moins d'une seconde. L'instant d'après mes genoux fléchirent et me voilà tombant et donnant violemment de la tête contre le sol, mais, à mon soulagement, sans que cela me fît mal. Je me sentais engourdi, hébété, j'avais conscience d'être grièvement blessé, mais je ne ressentais aucune douleur, au sens courant du mot." (Georges Orwell, Hommage à la Catalogne, p. 174-175 - Ed. 10-18 - ISBN 978-2-264-03038-2).
Georges Orwell s'est engagé comme volontaire dans les brigades internationales pour lutter contre les troupes de Franco. Près de Huesca, à l'endroit le plus risqué de son réseau de tranchées, il est grièvement blessé à la gorge, ce qu'il raconte dans ce passage. C'est la seule description que j'aie jamais lue de ce qui arrive à un blessé en temps de guerre, faite par celui qui le vit.



Orwell faisait partie du groupe des anarchistes (le POUM Partitdo Obrero de Unificacion Marxista) que les communistes staliniens ont trahis et éliminés en grande partie, ce qu'il raconte à la fin du livre ; ce qui a mis fin à ses illusions sur communisme, marxisme & Co; d'où ses livres "Animal Farm" et "1984".

Les cheveux blancs de la modernité

Μοδος = modo = aujourd’hui, d’où Modernitas et modernité


Comme le dirait Alexandre Vialatte, la modernité remonte à la plus haute antiquité. Les uns se demandent de quelle antiquité il s’agit, d’autres hésitent : en 1075 Grégoire VII aurait parlé de « modernitas nostra » ? Date-t-elle de la découverte de l’Amérique en 1492 ? de la Réforme protestante ?

Individualisme et liberté en seraient les revendications majeures, toute transcendance mise au rebut.

On pourrait se demander depuis quand une époque revendique quoi que ce soit. Une époque ? Pourquoi pas un poêlon ou un trombone à coulisse ? Depuis quand une chose, surtout une abstraction, revendique-t-elle quoi que ce soit ?



Être moderne, est-ce rejeter les valeurs ancestrales pour vivre avec son temps ? Ou accepter de juger les valeurs, usages, habitudes et lois du passé ? Si on sait que "jugement" se dit en grec κρισις (crisis), être moderne c’est accepter la crise, donc oser juger, remettre en question, ce qui est tout autre chose que détruire, démolir ou rejeter sans examen.
Il arrive en  effet qu'après évaluation on choisisse de laisser les choses en l'état, ou qu'on en garde l'esprit à défaut d'en garder les formes. Encore faut-il savoir distinguer le bon grain de la balle (le son)..



Pour Baudelaire le moderne c’est le transitoire, le fugace, le passager, le contingent, et donc la moitié de l’art, l’autre étant l’éternel, l’immuable.

Au fait, les historiens appellent "temps modernes" la période qui commence à la fin du Moyen-Âge (1492 - découverte de l'Amérique par C. Colomb qui n'a jamais compris qu'il l'avait découverte ou 1453 - chute de Constantinople) à la Révolution française (1789). La période suivante est dite "contemporaine" ; Jacques Le Goff ne trouvait guère de sens à toutes ces subdivisions.
Comme on le voit, les temps modernes sont déjà très anciens ; quant à savoir si la période contemporaine est bien de notre temps (ce qui est la signification de "contemporain"), il vaut mieux ne pas se poser la question.

Mais j'y pense, il y a un truc qui vient de sortir (la mode dans ces trucs-là ça tourne tois les 20 ou 30 ans). C'est la POST-MODERNITE.
Alors intro


Si vous vous y retrouvez, dites-moi où ça va. Pour moi c'est une bonne façon d'aller à la casse.

Si vous avez encore des illusions sur la "modernité", voilà une petite consolation pour pas vous sentir tout seul.



dimanche 1 juin 2014

la copie et l'original



C'est sur le net, donc c'est permis : Marcel Dassault (aussi appelé "tonton Marcel") et Lazlo Carreidas sont une seule et même personne.

D'ailleurs ils ont le même cache-nez, comme le montre la photo.


Merci à Pierre Assouline qui m'a mis sur la piste.

Eternité


Connaissez-vous au moins deux des noms qui suivent et deux des visages qui précèdent ?
Pouvez-vous dire quand ces gens ont vécu, et où ? Et pourquoi "l'histoire a retenu leur nom" ?
Mais pourquoi n'y a-t-il que l'histoire qui ait "retenu leur nom" ?

Je cite, en vrac :
Flechsig, Gowers, Lissauer, Purkinje, Malpighi, Vicq d’Azir, Negri, Pirogoff, Babinski, Charcot, Marie, Tooth, Strümpell, Lorrain, Bechterew, Romberg, Barré, Migazzini, Yersin, Koch, Hürler, Scheie, Sanfilippo, Morquio, Maroteaux, Lamy, Sly, Hutchinson, Gilford, Huntington, Alzheimer, Hansen, Hofmann, Trömner, Pacini, Meissner, Golgi, Henlé, Gerdy, Chassaignac, Bauhin….

(les médecins de la salle ne soufflent pas, s'il vous plait !)

Vanité ? Désir d'immortalité ? Aspiration à l'éternité ?
Comme si ces choses se méritaient ! Comme si la mère de famille qui s'est consacrée à ses enfants et à son mari, comme si le paysan qui a cultivé la terre toute sa vie (et Dieu sait si la terre, c'est bas), comme si tous les anonymes qui ont rendu possible le travail de ces illustres, n'avaient pas le droit d'entrer "dans l'éternité" eux aussi.

Ces savants et ces "grands hommes" de nouveau régime veulent pérenniser leur nom tout comme les grands de la noblesse d'ancien régime veulent fixer leur portrait pour l'éternité.

Chaque régime a ses "aristocrates", mais pour avoir du κρατος (kratos = pouvoir), sont-ils si αριστοι (aristos = meilleur) ? Ils peuvent l'affirmer car leur puissance impose leur seule parole.
Comme les grandes gueules et les brutes à la cour de récréation : "Toi, t'as rien a dire !"

"L'éternité c'est très long, surtout vers la fin" comme le disait... mais qui le disait au fait ?*
Celle à laquelle prétendent ces gens, n'est souvent - mais pas toujours - qu'une marque de leur capacité de nuire. Il suffit d'avoir côtoyé certains mandarins de la médecine pour n'avoir guère d'illusion à ce sujet.

Comme le disait Marguerite Yourcenar dans son discours d'entrée chez les Immortels (tiens, tiens ! eux aussi ! Allez, pour eux une photo de consolation, des fois que ce blog leur assurerait le hochet.)


http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/les-quarante-aujourdhui (vous trouverez les noms des immortels d'aujourd'hui avec photo et tout sur le site; vous en connaissez cinq ?)
"Nul n’est assuré de siècles de gloire, mais nous le sommes toujours de millénaires d’oubli."
* Il paraît que ce serait Woody Allen, ou Robert Beauvais, ou Groucho Marx, ou alors Franz Kafka, ou même Talleyrand, allez savoir !

Poltique et médecine

Une de nos connaissances m'envoie cette petite histoire; je ne résiste pas au plaisir de vous en faire profiter.
Versant politique
Tout   commence en janvier 1686, où Louis XIV tombe subitement malade.  Il semble qu'il se soit piqué en s'asseyant sur une plume des coussins qui garnissaient son carrosse déclenchant un abcès à l'anus, qu'il aurait fallu immédiatement inciser pour éviter que la blessure ne s'infecte.   Mais les médecins du roi, épouvantés à l'idée de porter la main sur le fondement de la monarchie, optèrent pour des médecines douces*, type onguents.   Ces méthodes ne donnèrent aucun résultat.
Tout cela dura près de 4 mois et les douleurs royales ne cessaient pas !
Brusquement, vers le 15 mai, les chirurgiens, verts de peur, soupçonnèrent l'existence d'une fistule.   Ce fut l'affolement général. Finalement, le 1er chirurgien Félix de Tassy (appelé simplement FELIX) décide d'inciser et "invente" un petit couteau spécial, véritable pièce d'orfèvrerie dont la lame était recouverte d'une chape d'argent.
Mais il fallut encore 5 mois pour fabriquer ce petit bijou...


 L'instrument et le roi (c'est au visage que l'on le reconnaît)
L'opération eut lieu le 17 novembre (sans anesthésie !) Il faudra encore 2 autres incisions (la plaie ayant du mal à se refermer pour cicatriser) pour qu'enfin à la Noël 1686, on puisse déclarer que le roi était définitivement sorti d'affaire...et mettre fin aux rumeurs qui, à l'étranger, se propageaient disant que Louis XIV était à l'agonie.
Dès l'heureuse issue de l'intervention connue, des prières furent dites dans le royaume et les dames de Saint Cyr (création de Mme de Maintenon devenue épouse morganatique) décidèrent de composer un cantique pour célébrer la guérison du roi.
La supérieure, Mme de Brinon (nièce de Mme de Maintenon) écrivit alors quelques vers assez anodins qu'elle donna à mettre en musique à Jean-Baptiste Lully.

Grand Dieu sauve le roi !
Longs jours à notre roi !
Vive le roi . A lui victoire,
Bonheur et gloire !
Qu'il ait un règne heureux
Et l'appui des cieux !

Les demoiselles de Saint Cyr prirent l'habitude de chanter ce petit cantique de circonstance chaque fois que le roi venait visiter leur école.
C'est ainsi qu'un jour de 1714, le compositeur Georg Friedrich Haendel, de passage à Versailles, entendit ce cantique qu'il trouva si beau qu'il en nota aussitôt les paroles et la musique. Après quoi, il se rendit à Londres où il demanda à un clergyman nommé Carrey de lui traduire le petit couplet de Mme de Brinon.
Le brave prêtre s'exécuta sur le champ et écrivit ces paroles qui allaient faire le tour du monde :

God save our gracious King,
Long life our noble King,
God save the King!
Send him victorious
Happy and glorious
Long to reign over us,
God save the King !

Haendel remercia et alla immédiatement à la cour où il offrit au roi - comme étant son oeuvre - le cantique des demoiselles de Saint Cyr.
Très flatté, George 1er félicita le compositeur et déclara que, dorénavant, le "God save the King" serait exécuté lors des cérémonies officielles.
Et c'est ainsi que cet hymne, qui nous paraît profondément britannique, est né de la collaboration :
- d'une Française (Mme de Brinon),
- d'un Italien (Jean-Baptiste Lully -ou Lulli-) naturalisé français,
- d'un Anglais (Carrey),
- d'un Allemand (Georg Friedrich Händel -ou Haendel-) naturalisé britannique, et .....
- d'un trou du c… Français, celui de sa Majesté Louis XIV.
Un hymne européen, en fait !

Si Louis XIV ne s'était pas mis, par mégarde, une plume dans le "prose", quel serait aujourd'hui l'hymne britannique ?...  
Pourrez-vous désormais écouter "God save the Queen" sans penser à cette petite plume ?

*  hé hé !
Versant médecine
Le pauvre Félix a sué sang et eau pour délivrer le roi de son mal. L'intervention a eu lieu en deux temps, en effet. A chaque fois, Félix s'est exercé sur des cadavres (et sans doute aussi sur des gens de peu, ce dont l'histoire ne dit rien ; il ne serait d'ailleurs ni le premier ni le dernier à l'avoir fait).
L'intervention finale et les tourments qui l'ont précédée ont laissé au pauvre Félix un tremblement des mains définitif. C'est ce que raconte un de nos confrères de l'académie française, professeur d'ophtalmologie et historien de la médecine, Yves Pouliquen (fauteuil n° 35).
La suite de l'histoire est moins connue ; après l'intervention du sieur Félix, la profession de chirurgien est grandement montée dans l'estime générale ; fini le temps des barbiers méprisés, et finie l'arrogance des médecins. Par décision royale les deux spécialités ont été contraintes de collaborer, pour le plus grand bien (ou le moindre malheur) des malades. Sur ce sujet, voyez le lien suivant:
Le Dr Pouliquen en grande tenue
Il paraît que Hyacinthe Rigaud aurait fait le portrait de son confrère du XVIIème siècle mais je suis bien en peine de le retrouver.