dimanche 29 mai 2016

Pourquoi Byzance ? HERODOTE

Pourquoi Byzance ?

Un empire de onze siècles


Michel Kaplan, historien spécialiste de la période byzantine, tente ici de réhabiliter Byzance, un empire et une civilisation autrement plus estimés en Russie qu'en Occident...
Pourquoi Byzance ?Mille cent vingt trois ans et dix huit jours se sont écoulés entre l’inauguration de sa capitale par l’empereur Constantin en 330 et sa chute aux mains de Mehmet II le 29 mai 1453. Cette longévité à elle seule justifierait qu’on s’intéresse à l’Empire byzantin et à Constantinople, deuxième Rome et construction politique à vocation universelle.
Pourtant, il faut bien reconnaître que l’histoire de Byzance n’a pas la place qu’elle mérite dans notre inconscient collectif.
Si les références à Rome et à Athènes sont nombreuses dans nôtre culture occidentale, nous savons peu ce que nous devons à Byzance.
C’est tout le mérite de l’ouvrage de Michel Kaplan, ancien président de l’université Paris I (Panthéon Sorbonne), de tenter de réparer cette injustice. Michel Kaplan est un savant de réputation internationale spécialiste de la période byzantine.

Byzance ignoré, Byzance méprisé !

Pourquoi Byzance est-il si souvent ignoré, quant il n’est pas méprisé? Sans doute l’époque des Lumières est-elle en partie responsable de ce discrédit : ce n’est qu’au XVIIIe siècle que l’adjectif byzantin prend un caractère péjoratif, réduisant la réputation de cet empire à ses querelles théologiques sur le sexe des anges.
Aux yeux de ceux qui luttent alors contre la monarchie absolue, Byzance apparaît comme le symbole de l’autocratie et dans une moindre mesure de l’obscurantisme religieux. Ni l’Église catholique, brouillée avec l’Orient, ni les révolutionnaires rationalistes ne pouvaient trouver en Byzance un modèle.
Et pourtant, Michel Kaplan nous montre toutes les richesses de cette culture et toute l’influence qu’elle a exercée sur l’Occident. C’est par Byzance et le Code Justinien que nous avons hérité des fondements du droit romain qui sont encore à la base des principes généraux de notre législation. C’est par les manuscrits byzantins que sont parvenus jusqu’à nous les textes fondateurs de la littérature et de la philosophie grecque. C’est aussi par les conciles convoqués en Orient pour combattre les hérésies que les dogmes de la chrétienté se sont forgés et consolidés.
L’Italie et la France de la Renaissance ont vu fleurir les études byzantines. Les Turcs ont eux aussi perpétué l’héritage byzantin, conservant le nom de Constantiniya à leur capitale jusqu’à ce que Mustapha Kemal le transforme en Istanbul en 1923.
Il est vrai cependant que notre monde laïc occidental peine à revendiquer comme faisant parti de son héritage un empire dont le chef est représentant de Dieu sur terre, dont l’empereur décide des questions religieuses, convoque des conciles, avalise la nomination des papes et dispose d’une autorité sacrée qui fascinait d’ailleurs Louis XIV.
C’est davantage en Orient, et particulièrement en Russie que cet héritage est aujourd’hui encore vénéré. L’église orthodoxe, le culte des icones et jusqu’à l’alphabet cyrillique viennent de Byzance.
Le Tzar, une déformation de César, se veut l’héritier des empereurs de Byzance, comme eux autocrate et médiateur entre Dieu et les hommes. La Russie se prétend la troisième Rome, gardienne de la vraie foi rayonnant sur l’Europe et l’Asie comme le montre l’aigle à deux têtes qui figure sur son drapeau, symbole qu’elle emprunté à Byzance. Ces symboles sont repris aujourd’hui dans la Russie de Poutine.
À lire les péripéties de l’empire byzantin raconté par Michel Kaplan, on ne peut s’empêcher de faire encore le parallèle avec l’empire russe : une suite d’expansions puis de rétrécissement, puis de nouveau d’expansion et finalement cette chute provoquée en partie par son incapacité à s’entendre avec l’Occident qui ne l’aidera pas à résister à l’assaut final.
Dans ses derniers siècles d’existence, Constantinople fut souvent assiégée. Cette mentalité d’assiégé est encore celle de la troisième Rome.
L’empire byzantin a tenu bon face aux assauts des Perses, des Arabes et des Bulgares mais le sac des croisés en 1204 lui a été fatal. Ce fut sans doute le pire épisode de son Histoire qui explique encore aujourd’hui la méfiance de l’Eglise orthodoxe vis-à-vis de l’Occident.
Pourquoi Byzance ? Sans doute pour nous amener à réfléchir sur les empires à prétention universelle, comme notre Europe.

29 mai 1453 Prise de Constantinople par les Turcs HERODOTE

29 mai 1453

Prise de Constantinople par les Turcs

Le 29 mai 1453 figure traditionnellement parmi les dates-clés de l'Histoire occidentale. Ce jour-là, Constantinople tombe aux mains du sultan ottoman Mehmet II (ou Mahomet II).
La cité, vestige de l'empire romain d'Orient et de l'empire byzantin, était l'ultime dépositaire de l'Antiquité classique. Elle faisait aussi office de rempart de la chrétienté face à la poussée de l'islam.
Sa chute, bien qu'attendue et prévisible, provoque l'émoi dans toute la chrétienté. Elle consacre l'avènement d'une nouvelle ère historique.
André Larané
Le siège de Constantinople
Siège de Constantinople (manuscrit, atelier de Jean Mielot, Lille, 1455, BNF)
Cette illustration tirée d'un manuscrit français de 1455 montre le siège de Constantinople avec, à gauche, la Corne d'Or, et au fond, de gauche à droite, le détroit du Bosphore et la mer de Marmara.
Déjà les Arabes...
La prestigieuse capitale de l'empire byzantin avait déjà subi deux sièges par des flottes musulmanes. C'était aux premiers siècles de l'islam. Le premier siège avait duré cinq ans, de 673 à 677 ; le second un an «seulement», en 717.
À chaque fois, les assiégeants - des Arabes - avaient été repoussés grâce à une arme secrète dont disposaient les Byzantins : le feu grégeois (ou grec). Il s'agit d'un mélange mystérieux de salpêtre, bitume, soufre.... qui a la particularité de brûler même sur l'eau. Propulsé en direction des navires ennemis, il permettait d'incendier ceux-ci à coup sûr. Malgré cet atout, les Byzantins perdirent au fil des siècles leur supériorité en matière d'armement.
D'un siècle l'autre, ils eurent aussi à affronter des adversaires d'autres origines : Bulgares et Avars venus du bassin danubien, croisés francs, Normands, Vénitiens et Génois venus d'Occident....
... Et voici qu'arrivent les Turcs
La chute de la «nouvelle Rome» devient inéluctable lorsque de nouveaux envahisseurs venus d'Asie, les Turcs ottomans, traversent le détroit du Bosphore. Ils s'emparent de la plus grande partie de la péninsule des Balkans et installent leur capitale à Andrinople, à un jet de pierre au nord de Constantinople. Celle-ci se trouve dès lors presque complètement isolée au milieu des territoires ottomans. Elle ne peut d'autre part guère compter sur le soutien des Occidentaux...
Les murailles de ConstantinopleDès le XIVe siècle, les victoires des Turcs à Kossovo et Nicopolis sur les armées coalisées des chrétiens permettent de croire à la chute imminente de Constantinople.
Mais la défaite des Turcs à Angora(aujourd'hui Ankara, en Turquie), face à Tamerlan, diffère d'un demi-siècle l'échéance fatale.
Au milieu du XVe siècle, réduite à moins de 100.000 habitants et dépourvue d'arrière-pays, la ville de l'empereur Constantin 1er n'est plus que l'ombre d'elle-même.
C'est un petit État en relation avec les marchés de l'Extrême-Orient pour le plus grand bénéfice des marchands de Venise et de Gênes qui s'approvisionnent en soieries chinoises.
La mobilisation
En 1451, à Andrinople, capitale de l'empire ottoman, Mehmet II succède à son père Mourad II à la tête de l'empire ottoman. Né d'une mère esclave, probablement chrétienne, le nouveau sultan, à peine âgé de 19 ans, décide d'en finir avec Constantinople.
Il adresse en juillet 1452 une déclaration de guerre à l'empereur byzantin. Deux mois plus tard, il entame les hostilités, testant la résistance des murailles de Constantinople avec 50.000 hommes.
Le siège commence en avril 1453 avec150.000 hommes, y compris 6 à 10.000 janissaires, et une flotte puissante.
Les navires ottomans dans le Bosphore et la mer de Marmara, devant Constantinople  (manuscrit, atelier de Jean Mielot, Lille, 1455, BNF)
Le basileus (empereur en grec) Constantin XI Dragasès (50 ans) ne dispose pour sa défense que de 7.000 soldats grecs et d'un détachement d'environ 700 Génois sous le commandement de Giovanni Giustiniani Longo, ainsi que d'une quarantaine de navires. Il se fie aux puissantes fortifications héritées du passé pour résister aux Turcs en attendant d'hypothétiques secours.
Constantin XI envoie des émissaires en Occident. Le brigantin qui porte ces émissaires déguisés en Turcs se faufile avec audace parmi les navires ennemis et finit par atteindre Venise.
Le camp turc au nord de  Constantinople  (manuscrit, atelier de Jean Mielot, Lille, 1455, BNF)
La Sérénissime République arme aussitôt dix puissants navires pour secourir ses anciens alliés... Mais l'absence de vent... et le peu d'empressement des Vénitiens ne permettront pas à cette flotte d'arriver à temps pour sauver Constantinople.
Le siège
Devant le triple cercle de murailles de la ville, Mehmet II fait appel à toutes les ressources de l'artillerie. Il dispose de pas moins de 25 à 50 grosses bombardes (canons primitifs) et de plusieurs centaines de plus petites qui vont projeter sans trêve des pierres et des boulets sur les murailles pendant plusieurs semaines d'affilée.
Il dispose aussi d'une bombarde d'exception, surnommée «la Royale» qui, montée sur un impressionnant château de bois et manoeuvrée par un millier d'hommes, tire sur la cité des pierres pesant jusqu'à 1500 livres ...
Cette bombarde est l'oeuvre d'un Hongrois du nom d'Orban qui s'est mis au service du sultan contre argent.
Mais les Grecs arrivent à incendier le château grâce à des flèches enflammées, rendant la machine inopérante.
L'immense flotte du sultan fait par ailleurs le siège de la ville par le Bosphore et la mer de Marmara. Mais elle ne peut entrer dans le chenal de la Corne d'Or, qui ferme la ville par l'Est, car celui-ci est protégé par une chaîne qui en interdit l'accès.
En désespoir de cause, Mehmet II fait aménager sur la colline de Galata, de la rive du Bosphore à la rive de la Corne d'Or, une glissière en bois de 4,5 kilomètres. Des milliers d'hommes vont hisser le long de cette glissière pas moins de 72 birèmes (galères à deux rangs de rames). Arrivés au point culminant, les navires descendent d'eux-mêmes sur la glissière jusqu'au bord de la Corne d'Or.
Les soldats ottomans transportent la flotte sur la colline de Galata,  devant Constantinople  (manuscrit, atelier de Jean Mielot, Lille, 1455, BNF)
Au prix de ce mémorable exploit, encore commémoré de nos jours par des fêtes et des reconstitutions, les navires turcs arrivent à contourner la chaîne et à s'introduire dans la Corne d'Or avec marins et soldats, Constantinople se trouve complètement assiégée et réduite à l'impuissance.
Sexe des anges et querelles byzantines
On raconte qu'au palais de l'empereur, les prêtres orthodoxes et les courtisans continuaient de se disputer à propos du sexe des anges tandis que les Turcs faisaient le siège de Constantinople et s'apprêtaient à dévaster la ville. Il ne s'agit que d'une légende sans fondement historique mais on lui doit l'expression de «querelles byzantines» pour désigner des disputes disproportionnées par rapport à leur enjeu.
Les médisances concernant Byzance remontent au XVIIIe siècle. En ce siècle dit des «Lumières», les hommes de lettres occidentaux, tel Voltaire, se sont pris de dégoût pour Byzance, qu'ils jugeaient médiévale, décadente et trop chrétienne. Il reste encore bien des traces de cette mauvaise réputation dans nos livres d'Histoire.
L'assaut
Le 28 mai, les hérauts du sultan annoncent la bataille décisive.
Toute la ville prie cependant que dans le camp turc, des religieux musulmans excitent les soldats en vue du combat. Arrive l'aube fatale où des dizaines de milliers d'hommes ivres d'impatience entrent dans la ville. Dans la basilique Sainte-Sophie, l'empereur grec meurt avec courage, les armes à la main, au milieu de ses derniers soldats. Dès la mi-journée, le sultan peut faire son entrée dans la ville.
Les combats ont fait au moins 4.000 morts. Selon la tradition de l'époque, les vainqueurs s'offrent le droit de piller la ville, de violer et de tuer à qui mieux mieux pendant les trois jours qui suivent sa chute. Tous les habitants survivants (25.000), attachés deux par deux, sortent de la ville et sont réduits en esclavage.
Le sultan Mehmet II, qui songe à faire de Constantinople sa propre capitale et veut lui conserver sa grandeur, veille à ce que les pillages ne s'éternisent pas. Il fait venir des immigrants de tout l'empire pour rendre à la cité sa splendeur antique. Il peut enfin déplacer sa capitale de la ville voisine d'Andrinople à Constantinople, bientôt rebaptisée Istamboul.
Celle-ci atteindra son apogée sous le règne de Soliman le Magnifique... Notons que jusqu'à la fin de l'empire ottoman, elle conservera une population majoritairement chrétienne.
Fin du Moyen Âge
Avec la chute de Contantinople entre les mains des Turcs ottomans, c'en est fini du dernier vestige de l'empire romain et de l'empire byzantin qui a succédé à l'empire romain d'Orient. Les historiens datent de cet événement la fin de la longue période historique appelée faute de mieux Moyen Âge. La Renaissance qui lui succède doit beaucoup aux savants et artistes byzantins qui, réfugiés en Italie, ont contribué à la redécouverte de la culture antique par les Occidentaux.
Aux franges orientales de l'Europe, le grand-duc de Moscovie revendique l'héritage religieux de Byzance et prétend faire de sa capitale, Moscou, la «troisième Rome». En France s'achève la guerre de Cent Ans, dernier conflit de type féodal.
Comme les liaisons commerciales entre l'Occident et la Chine, qui bénéficiaient de la protection des Byzantins, se sont interrompues, de hardis Portugais scrutent l'océan en quête d'une voie maritime de remplacement. L'heure de Vasco de Gama et de Christophe Colomb approche.

Non au traité constitutionnel HERODOTE

29 mai 2005

Le peuple français dit non au traité constitutionnel


Le dimanche 29 mai 2005, au terme d'un débat démocratique d'une exceptionnelle vitalité, le peuple français rejette à une écrasante majorité (55%) le traité constitutionnel européen, pourtant encensé par la quasi-totalité des médias et de la classe dirigeante. Le 2 juin suivant, le peuple hollandais rejette à son tour le traité.
Le projet a été rédigé par une centaine de personnes choisies par leurs pairs (gouvernants, hauts fonctionnaires, parlementaires européens ou nationaux...), sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing.
Cette « Convention » a pris acte de l'échec des sommets européens d'Amsterdam (1997) et de Nice (2001) et s'est donnée pour objectif : 1) rétablir l'équilibre des pouvoirs entre grands et petits États membres, 2) simplifier les processus de prise de décision, 3) doter l'Union d'une véritable politique étrangère et de défense, 4) relancer la symbolique européenne.
Son texte a été paraphé par les représentants des 25 États membres et des candidats, y compris la Turquie (page 165 du texte : « Türkiye Cumhuriyeti Adina », Pour la République turque).
Les promoteurs du traité ne doutaient donc pas de son acceptation par les citoyens français, au vu des premiers sondages (60% d'avis favorables). D'ailleurs, les Espagnols eux-mêmes l'avaient peu avant accepté à une très confortable majorité quoiqu'une majorité se soient abstenus.
Affiches électorales sur un mur de Fontenay-aux-Roses (mai 2005), DR

Du doute au rejet

Mais le doute s'insinue dans l'opinion après une saillie de l'ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius. À la surprise générale, il se prononce pour le Non sur un plateau télévisé.
Le débat monte en intensité et les sceptiques s'arrachent l'édition de poche du traité. Plus de 200 000 exemplaires sont vendus malgré le caractère on ne peut plus aride de ses 300 pages.
Les partisans du traité prêtent à leurs adversaires la « peur du plombier polonais » (l'expression est inventée par le commissaire européen Frits Bolkestein, à l'origine d'une directive contestée sur les travailleurs détachés). Ils leur reprochent aussi l'absence de « plan B » en cas de rejet du texte. Ils bénéficient du soutien des classes supérieures et moyennes supérieures ainsi que des personnes âgées qui voient dans la construction européenne une garantie de paix quelle que soit la direction qu'elle prenne.
À la suite de Laurent Fabius, l'extrême gauche dénonce quant à elle un traité qui multiplie les échelons décisionnels dans les instances européennes au détriment de la démocratie et surtout grave dans le marbre le principe ultralibéral selon lequel le bien-être commun reposerait sur une « concurrence libre et non faussée ». De son côté, l'opposition de droite au traité s'indigne de la volonté des instances européennes de faire entrer la Turquie islamiste d'Erdogan dans l'Union européenne.
C'est la conjugaison de ces deux courants qui va faire basculer la majorité.
Quinze jours avant le scrutin, Nicolas Sarkozy, chef de file de la droite européiste, tient un meeting au Palais des Sports de la porte de Versailles (Paris) devant une assistance clairsemée, composée majoritairement de sages retraités aux cheveux gris. Mais une semaine plus tard, dans le Palais des Sports archi-bondé, au milieu d'une foule jeune et déchaînée, Philippe de Villiers, chef de file de la droite souverainiste, dénonce le traité et, avec lui, le projet de faire entrer la Turquie dans l'Union. Il fait acclamer à qui mieux mieux le drapeau arménien, rappel du génocide commis par les Turcs.
Le résultat du scrutin consterne la classe politique et médiatique qui croit y voir la victoire de l'ignorance et du populisme (les hommes politiques qualifient de « populiste » tout mouvement qui leur est opposé et bénéficie, au contraire d'eux, de la faveur de l'opinion).
Le président de la République Jacques Chirac, gravement désavoué, écarte avec désinvolture toute idée de démission à l'image de son augustre prédécesseur, le général de Gaulle. Il exclut également une dissolution de l'Assemblée nationale dont les membres avaient pourtant approuvé à 90% le projet de traité constitutionnel et sont donc désavoués par leurs électeurs.
Après le vote également négatif des Néerlandais, les autres gouvernements de l'Union, y compris le gouvernement britannique, annulent les projets similaires de référendum. Déjà s'organise la riposte.

Contre-offensive de la classe dirigeante

Il ne faudra que deux ans aux dirigeants français et européens pour remettre le traité en selle, avec le soutien des médias. Sous le nom de « traité modificatif », le texte est ratifié à Lisbonne, le 13 décembre 2007, par les dirigeants des vingt-sept États membres de l'Union, lesquels se gardent de prendre à nouveau l'avis de leurs concitoyens.
Le traité de Lisbonne apparaît dans la forme très différent du projet constitutionnel mais en conserve l'essence. Ainsi en a-t-on retiré les aspects symboliques comme la référence à une quelconque Constitution et à un hymne et un drapeau européens ! Curieusement, les drapeaux étoilés à fond bleu qui ornent nos édifices publics n'ont plus désormais de légitimité ! La formule critiquée de « concurrence libre et non faussée » n'est plus mentionnée que dans un protocole annexe.
Les articles du Titre III du projet initial, redondants avec des textes antérieurs, sont aussi éliminés pour la forme du traité de Lisbonne. Autant de détails qui font dire au président français Nicolas Sarkozy que le nouveau texte n'est plus qu'un « mini-traité ». Avec plus de franchise, la chancelière Angela Merkel se félicite qu'il reprenne intégralement le projet constitutionnel.
Depuis ce tour de passe-passe, les grandes orientations politiques, au niveau national et plus encore européen, échappent aux citoyens. Le système électoral tourne à vide, sans plus aucune chance d'influer sur elles. L'abstention et le vote « eurosceptique » deviennent largement majoritaires comme lors des élections de 2014 au Parlement de Strasbourg. Des penseurs évoquent l'entrée de l'Europe dans une ère post-démocratique.
Dix ans après, l'état de l'Union européenne confirme les appréhensions des nonistes français et néerlandais. Bien qu'en application depuis 2009 sous la forme du traité de Lisbonne, le traité constitutionnel n'a apporté aucune amélioration au fonctionnement des institutions. En matière diplomatique règne la plus grande cacophonie et personne ne connaît même plus le nom du Haut représentant de l'Union pour les Affaires étrangères institué par le traité ! En matière intérieure, les tensions et les divergences sont plus vives que jamais. Il n'y a que dans le domaine monétaire où les instances européennes arrivent encore à de laborieux compromis pour sauver la monnaie unique.
Joseph Savès
Un partisan désabusé du traité constitutionnel
Signe des temps, on peut lire dans Le Monde du 18 mars 2015 (page 24) un constat d'échec du projet européen d'autant plus significatif qu'il vient de l'un des partisans les plus engagés de l'euro et du projet constitutionnel, le journaliste Arnaud Leparmentier.
Il constate que le couple franco-allemand ne fonctionne plus. L'Europe a désormais une seule tête, la chancelière allemande. Et c'est à Berlin qu'aboutissent tous les dossiers sensibles. L'Union européenne et plus sûrement la zone euro ressemblent à une Grande Allemagne. La chute du mur de Berlin n'a pas entraîné la fin de l'Histoire et des nations mais au contraire un regain de nationalisme en Europe, avec « un pullulement de micro-États qui la font plus ressembler à l'Empire austro-hongrois qu'à l'Europe des Six, où le petit jeu est de contester le pouvoir central (Berlin-Francfort-Bruxelles). »
Autre désillusion : l'Europe n'est plus un jeu gagnant-gagnant et cela se voit tout particulièrement dans la zone euro, où l'activité fuit les pays les plus fragiles en direction du coeur allemand. Objectivement, « l'Europe est dominée par l'Allemagne, dans une union monétaire qui la favorise ». Et le journaliste de constater avec amertume que le traité constitutionnel, converti en traité de Lisbonne, n'a pas tenu ses promesses, donnant raison en définitive aux citoyens contre les médias et la classe politique.

samedi 28 mai 2016

La discrétion même LC 20160503





Jean-Louis Crémieux-Brilhac, dont on publie ces jours-ci les Mémoires inachevés sous le titre L’Étrange Victoire (1), est mort il y a un an à Paris. Il était l’auteur de plusieurs livres magistraux, Les Français de l’an quarante, et surtout La France libre, première description exhaustive et documentée de cette épopée gaulliste dont il avait été l’un des acteurs. Entré au Conseil d’État en 1982, cet homme, qui était d’une discrétion proportionnée à ses mérites et à son courage, y jouissait d’une considération que cette maison réserve plutôt d’habitude aux acrobates intellectuels d’un contentieux administratif assez désincarné. Le Palais-Royal était très différent de celui d’aujourd’hui. Il était de bon ton d’aller au but sans laisser voir le chemin. On ne roulait pas les mécaniques du droit. De vieux conseillers fumaient la pipe en séance publique. Des exclus pour cause de lois antisémites, en 1940, y côtoyaient des nostalgiques de Vichy. Un jeune auditeur, s’étonnant de voir l’avant-dernier directeur de cabinet du Maréchal en grande conversation amicale avec un ancien pilote de la RAF, s’entendait répondre par ce dernier : « Allez jouer, mon cher collègue, avec ceux de votre génération. »
De ceux de la génération précédente, Crémieux-Brilhac donne une image profondément réconfortante, qu’on aime à contempler. Il était l’enfant d’une famille juive qui ne pratiquait pas, neveu de ce Benjamin Crémieux qui révéla Pirandello à la France et qui devait mourir à Buchenwald. Aspirant de 40, prisonnier, il s’évade, rejoint l’Angleterre où il s’engage dans les Forces françaises libres, où il s’occupera de la propagande et des émissions clandestines. Après-guerre, il fondera la Documentation française et, sans renier son attachement au général de Gaulle, soutiendra Mendès France.
L’Étrange Victoire est animé par la pulsation discrète de ce que la Bible nomme « un cœur intelligent ». La douceur avisée de Crémieux-Brilhac était frappante, et ces pages la font revivre. Il traverse comme avec amitié des circonstances effroyables. Prisonnier, il est dissuadé, par le Feldwebel qui l’interroge, de mentionner son identité juive. « Pourquoi ? – Je sais ce que je sais – Que savez-vous ? – Je suis un Allemand de Pologne, je sais ce que j’ai vu. » Il n’y a trace chez lui ni de haine, ni d’illusion. Il rapporte simplement, sans trop en dire, que les officiers prisonniers préféraient le Maréchal, ce qui pour lui s’explique aussi par le fait que les instituteurs de gauche ayant, par pacifisme, refusé de devenir officiers, la composition de ce corps, réserve incluse, n’était plus du tout la même qu’en 1914.
Après plusieurs aventures, sobrement racontées, le voici à Londres. C’est un monde de passions, d’intelligence, de rivalités. Un monde aussi d’exclus. Ce n’était pas la France des corps constitués. « Des juifs lucides, une poignée d’aristocrates, tous les pêcheurs de l’île de Sein », disait de Gaulle. Pour parler de la France libre, Crémieux-Brilhac la comparait, après la guerre, à l’armée d’Italie vue par Stendhal : « On n’y eût pas trouvé trente mille hommes ayant plus de trente ans. J’ajouterai une parole imprudente : ils n’étaient pas des gens du monde. » Il en décrit les débuts, incertains, bricolés, aventureux, les hésitations aussi, puisqu’il faudra attendre 1942 pour que les atrocités antisémites fassent l’objet d’une politique de dénonciation explicite, de la part de ces hommes qui ne voulaient pas, à leurs débuts, apporter quelque crédit que ce soit aux insultes des Vichyssois les qualifiant d’agents du complot juif mondial. Ses portraits rapidement dessinés sont ceux d’un homme qui ne se met jamais en avant. En annexe du livre, la comparaison des conceptions historiques de De Gaulle et Mendès est remarquable.
Crémieux-Brilhac, c’est un homme calme dans le tumulte. Il faut le lire, dans ce temps où des hommes tumultueux battent les tréteaux d’un pays dans lequel il ne se passe, au fond, à peu près rien. Le contraste donne un fort sentiment d’étrangeté. Lorsqu’on s’interroge, on voit vite que les acteurs de cette histoire ne souffraient d’aucun des deux maux qui nous accablent : le mal énarchique, par lequel tout se réduit au tripotage des lois et à la mise en forme politique de programmes concoctés dans les bureaux ; le mal d’assemblée, où l’on délibère sans cesse comme au café, du Parlement à Nuit debout, avec cet amour des commissions soigneusement travaillées qui est notre marque depuis les années 1780. D’où cette impression de vivre au milieu d’un grand concours Lépine, animé sans relâche par des Tournesol politisés. C’est une grande différence en effet avec le temps des héros, qui se contentaient des quelques idées simples, gagées sur le meilleur des patriotismes, celui qui ne se contemple pas.
François Sureau, le 03/05/2016 à 0h00
 (1) Jean-Louis Crémieux-Brilhac, L’Étrange Victoire, Gallimard, 2016, 241 p., 19,90 €.

John Bowden Connally (Floresville (Texas), 27 février 1917 – Houston, 15 juin 1993 )

« Le dollar, c’est notre monnaie, mais c’est votre problème »

There is no better way to describe the international monetary system today than through the statement made in 1971 by U.S. Treasury Secretary, John Connally. He said to his counterparts during a Rome G-10 meeting in November 1971, shortly after the Nixon administration ended the dollar’s convertibility into gold and shifted the international monetary system into a global floating exchange rate regime that, "The dollar is our currency, but your problem.” This remains the U.S. policy towards the international community even today. On several occasions both the past and present chairpersons of the Fed, Ben Bernanke and Janet Yellen, have indicated it still is the U.S. policy as it concerns the dollar.





22 avril 1073 Grégoire VII (19 août 1071 28 janvier 1077) et la réforme grégorienne HERODOTE



22 avril 1073
Grégoire VII et la réforme grégorienne
Hildebrand devient pape le 22 avril 1073 et prend le nom de Grégoire VII.
Ce moine d'environ 50 ans, originaire de Soana, en Toscane, s'était acquis une excellente réputation auprès des Romains en servant les papes précédents, Grégoire VI, Léon IX et Alexandre II.
Il est proclamé pape et porté sur le trône de Saint Pierre par la foule romaine, contrairement au décret qu'il avait lui-même inspiré en 1059, réservant l'élection des papes au collège des cardinaux (ou prêtres de premier rang, d'après le mot latin cardo).
Le nouveau pape modifie profondément l'Église catholique pour la rendre plus morale et surtout plus indépendante des seigneurs et des souverains. Ses mesures restent connues sous le nom de réforme grégorienne. Certaines, toutefois, ont déjà été ébauchées par ses prédécesseurs, sous l'inspiration de Hildebrand lui-même, du temps qu'il était moine à Cluny, en Bourgogne.
André Larané
Scandales et réforme
Les papes, au début du Moyen Âge, étaient élus par le peuple de Rome en tant qu'évêques de la Ville éternelle. Ces élections se déroulaient sous la pression des grandes familles qui se partageaient le territoire de la ville.
Mais dans les dernières décennies de l'ère carolingienne et jusqu'à l'orée de l'An Mil se succèdent des papes qui n'ont rien des qualités spirituelles qu'on leur prête. Brigands, jouisseurs, voleurs, guerriers, ils se comportent en chefs de gang, accumulant richesses sur richesses dans leur résidence officielle du Latran.
Qui plus est, à partir du milieu du Xe siècle, les empereurs germaniques interviennent dans les élections pontificales en concurrence avec le peuple romain, ce qui ajoute aux désordres et aux luttes de clans.
À considérer ce scandale permanent, on pourrait penser que c'en est fini de l'Église catholique et de la papauté ! Mais le salut va venir du clergé régulier, celui qui vit selon une règle monastique.
Les prémices de la réforme grégorienne
Les prémices de la réforme apparaissent avec Léon IX au terme d'une nouvelle période de turbulences marquée par la démission en quelques mois du pape débauché Benoît XI et de son parrain et successeur Grégoire XII...
Le nouveau pape est imposé à Rome en 1049 par son cousin Henri III, le plus énergique de tous les empereurs germaniques. Pendant les cinq années de son pontificat, Léon IX ne va avoir de cesse de parcourir l'Occident et de réunir évêques et abbés en synodes pour les convaincre de l'urgence de réformer l'institution ecclésiastique.
Son successeur Victor II, qui est aussi son parent, va poursuivre ses efforts avec le concours efficace du moine Hildebrand, de même que les papes suivants, dont le pontificat demeure très bref : Étienne IX, Nicolas II et Alexandre II. Ce dernier, élu en 1061, est issu de l'ordre de Cluny, tout comme Hildebrand et plusieurs de ses prédécesseurs. À sa mort, c'est assez naturellement Hildebrand qui est porté sur le trône de Saint Pierre...
Les principales pierres d'achoppement de la réforme ecclésiale sont au nombre de deux :
- la simonie
La simonie désigne le trafic contre argent des biens d'Église. Le mot simonie vient de Simon le Magicien, un personnage légendaire qui aurait offert à l'apôtre Saint Pierre de lui acheter le don de faire des miracles,
- le mariage et le concubinage des prêtres
Dès l'an 303, au concile d'Elvire, près de Grenade, l'Église a recommandé la chasteté et le célibat à ses membres, par souci d'élévation morale mais cette recommandation a été peu appliquée par la suite. Le Saint-Siège a dû tolérer le mariage et le concubinage des prêtres, en particulier des séculiers.
Si le pape veut désormais imposer avec rigueur le célibat au clergé, ce n'est pas seulement pour des raisons « morales » mais aussi politiques et économiques. Les prêtres mariés étaient en effet tentés de s'enrichir et de constituer une rente au profit de leurs descendants, privant l'Église des moyens matériels indispensables à l'accomplissement de sa mission.
Pour réussir dans son entreprise, le pape qui, au début du Moyen Âge, était simplement considéré comme l'évêque de Rome, veut imposer sa prééminence sur les autres évêques. Cette prééminence est acceptée par les Occidentaux avec plus ou moins de bonne grâce mais rejetée par les Orientaux de culture grecque.
C'est ainsi que s'élargit le fossé entre l'Église de Rome, qui prétend au qualificatif de catholique, c'est-à-dire universelle, et l'Église de Constantinople, qui se qualifie d'orthodoxe (en grec : conforme à la vraie Foi).
L'action de Grégoire VII
L'évêque Yves de Chartres et les moines de Cluny sont les principaux inspirateurs de la réforme grégorienne qui vise à instaurer l'autorité du pape sur la chrétienté et à ne plus cantonner le Saint-Siège dans les fonctions symboliques qui étaient jusque-là les siennes.
Grégoire VII commence par proscrire le nicolaisme, c'est-à-dire lemariage et le concubinage des prêtres, puis condamne fermement la simonie. Il s'attelle ensuite à la formation des curés qui, trop souvent incultes, se souciaient assez peu d'évangéliser leurs ouailles.
Enfin, par vingt-sept propositions célèbres de 1075 (le Dictatus papae), il réserve au collège des cardinaux l'élection des papes. Il condamne les investitures laïques, c'est-à-dire le droit qu'avaient les souverains de nommer les évêques.
C'est une révolution dans un monde où, selon la tradition antique, on est encore porté à penser que l'empereur est le représentant de Dieu sur la Terre et que le clergé a vocation à le servir. Grégoire VII, inspiré par l'esprit de Cluny, souhaite au contraire imposer la primauté du pouvoir spirituel sur le pouvoir séculier, celui de l'empereur et des souverains. Il veut pour le moins une Église autonome. C'est une préfiguration de la laïcité moderne.
Le pape va s'opposer avec violence, sur la question des investitures, à l'empereur d'Allemagne Henri IV. Celui-ci, fort habilement, lui demandera pardon à Canossa pour mieux l'abattre mais la papauté imposera finalement l'essentiel de ses vues par le Concordat de Worms, en 1122.
Renopuveau du monde chrétien
L'Église sort considérablement rajeunie de la réforme grégorienne. Elle entraîne l'Occident médiéval dans une expansion sans précédent, illustrée par la construction d'églises et de cathédrales, l'éclosion des Universités et une relative paix civile. Les croisades seront une conséquence plus contestable du renouveau de la foi en Occident.
Raoul Glaber, un clerc bourguignon du XIe siècle, mort en 1047, reste connu pour ses chroniques de l'époque de l'An Mil. Il témoigne du renouveau qui saisit l'église d'Occident à la veille de l'élection de Grégoire VII.
Son texte ci-après annonce l'art roman :
« Comme approchait la troisième année qui suivit l'an mil, on vit dans presque toute la terre, mais surtout en Italie et en Gaule, rénover les bâtiments des églises ; une émulation poussait chaque communauté chrétienne à en avoir une plus somptueuse que celles des autres. C'était comme si le monde lui-même se fut secoué et, dépouillant sa vétusté, eut revêtu de toutes parts une blanche robe d'églises » (Histoires).
À la suite de la réforme grégorienne, les XIe et XIIe siècles vont entraîner la naissance de l'art roman (ou romain, c'est-à-dire d'inspiration latine). Différentes provinces périphériques de France en conservent de précieux témoignages. Ainsi l'église de la Madeleine, à Vézelay, en Bourgogne, Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, ou encore l'église Saint-Front, à Périgueux.