jeudi 26 mars 2015

Le dollar


De l'autre côté de l'Atlantique
Dans la fabuleuse Amérique
Brillait d'un éclat fantastique
Le dollar
Il f'sait rêver les gueux en loques
Les marchands d'soupe et les loufoques
Dont le cerveau bat la breloque
Le dollar
Et par milliers, d'la vieille Europe
Quittant sa ferme ou son échoppe
Ou les bas quartiers interlopes
On part, ayant vendu jusqu'à sa ch'mise
On met l'cap sur la terre promise
Pour voir le dieu dans son église
Le dieu Dollar !


Mais déjà dans la brume
Du matin blafard
Ce soleil qui s'allume
C'est un gros dollar !
Il éclaire le monde
De son feu criard
Et les hommes à la ronde
L'adorent sans retard


On ne perd pas l'nord, vous pensez,
Juste le temps de s'élancer
De s'installer, d'ensemencer
Ca part !
On joue, on gagne, on perd, on triche
Pétrole, chaussettes, terrains en friche
Tout s'achète, tout s'vend, on d'vient riche
Dollar !


On met des vieux pneus en conserve
Et même, afin que rien n'se perde,
On fait d'l'alcool avec d'la merde
Dollar !
Jusqu'au bon Dieu qu'on mobilise
Et qu'on débite dans chaque église
Aux enchères comme une marchandise
A coups d'dollars !


Mais sur la ville ardente
Dans le ciel blafard
Cette figure démente
C'est le dieu Dollar !
Pas besoin de réclame
Pas besoin d'efforts
Il gagne toutes les âmes
Parce qu'il est en or


Autos, phonos, radios, machines,
Trucs chimiques pour faire la cuisine
Chaque maison est une usine
Standard
A l'aube dans une Ford de série
On va vendre son épicerie
Et l'soir on retrouve sa chérie
Standard
Alors on fait tourner des disques
On s'abrutit sans danger puisque
On est assuré contre tous risques
Veinard !
La vie qui tourne comme une roue
Vous éclabousse et vous secoue
Il aime vous rouler dans la boue
Le dieu Dollar


Quand la nuit sur la ville
Pose son manteau noir
Dans le ciel immobile
Veille le dieu Dollar
Il hante tous les rêves
Des fous d'ici-bas
Et quand le jour se lève
Il est encor là !


On d'vient marteau, dans leur folie
Les hommes n'ont plus qu'une seule envie
Un suprême désir dans la vie :
De l'or !
S'ils s'écoutaient, par tout le monde
On en sèmerait à la ronde
Au fond de la terre profonde
Encor !
On en nourrirait sans relâche
Les chèvres, les brebis, même les vaches
Afin qu'au lieu de lait elles crachent
De l'or !
De l'or partout, de l'or liquide
De l'or en gaz, de l'or solide
Plein les cerveaux et plein les bides
Encor ! Encor !


Mais sous un ciel de cendre
Vous verrez un soir
Le dieu Dollar descendre
Du haut d'son perchoir
Et devant ses machines
Sans comprendre encor
L'homme crever de famine
Sous des montagnes d'or !

mercredi 25 mars 2015

Décret du sénat

En latin "senatus consultum" et en français "senatus-consulte"


  •  Simple avis du sénat romain durant l'Antiquité
  • Avec une variante : le "senatus consultum ultimum" appelé aussi "senatus consultum de republica defendenda" qui donne aux magistrats (les consuls en particulier) des pouvoir dictatoriaux dans des circonstances exceptionnelles, celles où la république est en danger.
  • Avis avec force de loi sous le consulat et les deux empires napoléoniens, aux XIXème siècle.

Fort intéressant est l'usage qu'en a fait Bonaparte, arrivé au pouvoir par le coup d'état du 18 brumaire. Après avoir fait la paix avec l'Angleterre en 1802 il s'est occupé de consolider son pouvoir en demandant à être consul à vie. L'abbé Sieyès n'étant parvenu qu'à lui faire donner dix ans de pleins pouvoirs par le sénat, il a sorti de sa poche ce bon vieux senatus-consulte pour annoncer une consultation populaire, ce que nous appellerions referendum, et s'est fait plébisciter dans la fonction de consul à vie.

Plus tard le général de Gaulle, après son retour au pouvoir en 1958, que d'aucuns ont qualifié de coup d'état, a introduit l'élection présidentielle directe, façon de court-circuiter chambre et sénat. Sur quoi, beaucoup ont crié à la dictature ; à tort, mais Bonaparte planait encore dans certaines mémoires, et aussi beaucoup de mauvaise foi, car en 1969 le même de Gaulle a demandé aux français par referendum s'il devait rester au pouvoir et s'est rangé à leur décision en se retirant.

Aujourd'hui plus besoin de senatus-consulte : la télévision sait ce qui est bon pour nous.

 

mardi 24 mars 2015

et de trois


Où il est question d'un noble appelé Kakinomoto.no Hitomaro, poète de son état, de la période Asuka (538 à 710 OU 592-645, allez savoir !), un des auteurs du Manyôshû (le premier recueil de waka) aussi considéré comme un des trente-six immortels de la poésie.




Auteur
柿本人麿
Kakinomoto no Hitomaro
Kakinomoto no Hitomaro




Tercet
あしびきの
Ashibiki no
Courbée dans son vol
山鳥の尾の
Yamadori no o no
Longue comme la nuit
しだり尾の
Shidari o no
La queue du faisan




Distique
ながながし夜を
Naganagashi yo o
Me faut-il aussi dormir
ひとりかもねむ
Hitorikamonemu
Seul en cette nuit sans fin




La peintre est cette fois de Utagawa Kuniyoshi. Moins tarte que l'autre, non ?

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Manyôshû : recueil des dix mille feuilles (d'arbres)
Waka : formes poétiques regroupant chôka et tanka, mais le premier étant tombé en désuétude, waka signifie souvent tanka.
Wa - ka signifie Yamato uta, Si on sait que l'ancien nom du Japon était Wa (précisément jusqu'à la péride Asuka) et aussi Yamato, et que uta signifie chant, chanson ; si on sait que Wa est la pronociation chinoise de Yamato et que Ka est celle de uta, on comprend aisément que waka (和歌) et Yamato uta sont une seule et même chose.





  La java du caniveau
 
Voici l'histoire bien ordinaire
Qui s'est passée cet hiver
Cette histoire c'est un peu la vôtre
Car elle n'arrive pas qu'aux autres

Un jour le grand patron m'a dit
Vous passerez me voir à mon bureau
Monsieur machin on vous remercie
Et j'ai jamais retrouvé de boulot

Une compression de personnel
Fut mon dernier cadeau de noël
Alors tout s'est accéleré
Mon existence a basculé

Depuis j'habite rue de nulle part
Comme ça ça m'est tombé dessus
Certains choisissent d'être clochard
Moi j'ai pas choisi d'être à la rue

Refrain:
Ca s'est passé en moins de six mois
Avant je vivais comme toi
Maintenant je vis dans un caniveau
Avec mes sacs et mon manteau

Les règles du grand capital
M'ont tout volé même le vital
Le nécessaire avant l'envie
Ma vie est dev'nue la survie

Ma maison est un carton
D'emballage IKEA
C'est là que je bossais comme un con
Avant qu'ils aient plus besoin de moi

"J'ai faim" marqué sur un panneau
Je fais le mendiant dans le métro
Ca fait bizarre je vous assure
D'plus voir les gens mais leurs chaussures

Et croyez pas que ça m'amuse
De d'voir faire mon petit numéro
Du "messieurs dames je m'excuse
Une pièce ou un ticket resto"

Refrain...

Les grandes vacances toute l'année
Et les joies du camping forcé
Je vous l'souhaite pas mais méfiez vous
Un jour ça tombera pt'être sur vous

Peut être qu'un jour ce sera vot'tour
D'aller crever aux pieds des tours
L'oeil ébloui par la lumière
Des grands fabricants de misère

Les belles multinationales
Qui font des pauvres et des maudits
Des millions de gens qui crèvent la dalle
Pour la sainte gloire du profit

Et quand arrivera l'euro
Vous n'en verrez pas la couleur
Ce sera les mêmes qu'en auront d'trop
Messieurs, mesdames, à votre bon coeur

Refrain...

Alors vous vivrez l'aventure
Que vivent les nouveaux clodos
Car dans la rue la vie est dure
La rue ça fait pas de cadeau

Assis sur le banc de touche
Non vous n'aurez pas le choix
On vous mènera d'force à la douche
Que vous soyez sales ou pas

Pour conservez bonne apparence
Vous vous raserez tous les matins
Mais les jours de grande affluence
Vous volerez les grands magasins

Un feu rouge pour dis francs
A des gens tous indifférent
Vous serez vendeur du "Lampadaire"
L'hebdomadaire de la galère

Refrain...

Oui mais je sais qu'un jour viendra
Où le vase débordera
les pauvres,on se réunira
Voila ce qui arrivera

En ayant marre d'être cocu
Tous les exclus de la galette
On reviendra prendre notre dû
Cette fois c'est vous qu'aurez les miettes

Comme y'aura pas d'aut' solutions
On ref'ra la révolution
Des millions de pauvres dans la rue
Ca peut vous refoutre un beau chahut

Et on s'en ira pique-niquer
Sur les belles pelouses de l'Elysée
Et ce jour là planquez l'artiche
Il ne fera pas bon être trop riche

Refrain...

Les grandes vacances toute l'année
Et les joies du camping forcé
Je ne vous souhaite pas mais méfiez vous
Un jour ça tombera peut être sur vous
 
Interprété par Eric Toulis, à écouter sur le lien suivant
https://www.youtube.com/watch?v=u4GA9B6oiWg

lundi 23 mars 2015

Jadis et naguère (titre d'un recueil de Paul Verlaine)

Naguère vient de "il n'y a guère de temps", et signifie donc "il y a peu de temps"; il a donc trait à un passé récent.



Antan qui vient de la contraction de ante (avant) et annum (année), a trait à l'an passé; le mot n'a survécu que dans certaines expressions telles que "les neiges d'antan", que nous connaissons tous bien sûr par François Villon et sa ballade des dames du temps jadis.
Et puisqu'il est question de lui, passons à jadis.

Jadis vient du vieux français "ja a dis", lui-même venu du latin jam (déjà) et dies (jour), ce qui signifie en clair : il y a bien des jours, il y a longtemps. Tout le monde n'est pas d'accord. Les dames du temps jadis auraient été rencontrées par l'auteur encore peu de temps auparavant. L'usage en a fait l'indicateur d'un passé lointain.

Autrefois est sans malice, il a avalé tous les autres que l'on emploie indifféremment à sa place.