dimanche 30 juin 2013

Et la fête continue

Le premier personnage était François Guizot, ministre du roi des français (et non de France) Louis-Philippe 1er.
A son époque le vote n'était pas démocratique mais ploutocratique, c'est-à-dire basé sur l'état de fortune, le "cens" : c'était le vote censitaire; celui qui possédait une certaine fortune avait le droit de voter; à l'époque seuls les hommes avait le droit de voter, malgré la révolution de 1789 qui proclamait l'égalité de tous les citoyens devant la loi.
François Guizot est un nîmois, né en 1787 et mort en 1874 dans le Calvados. La loi qui porte son nom date de 1833. Son père a été guillotiné en 1794, pendant la Terreur, à Nîmes. D'où probablement son penchant conservateur et son aversion pour la peine de mort.
J'ai cité son nom pour lui rendre justice ; en effet c'est à Jules Ferry qu'on attribue la paternité de l'enseignement obligatoire.
La phrase citée hier "Enrichissez-vous !" n'est citée que tronquée, comme je viens de le faire. C'était sa réponse à ceux qui réclamaient le droit de vote ; elle signifiait : Enrichissez-vous suffisamment pour acquérir le cens, autrement dit pour être à même de voter ; il ne tient qu'à vous d'acquérir le droit de vote.

Pour votre gouverne ("pour info"):
Le cens est seuil d'imposition qui conditionne le droit de vote et l'éligibilité des citoyens.
En français : si vous n'avez pas assez de sous, vous n'avez rien à dire; alors enrichissez-vous  !

Point suivant : le dessinateur de la planche est un belge, de Gedinne, appelé Joseph Gillain, dit JiGé. Il faisait partie de l'école de Marcinelle (Spirou) qui a rassemblé de très nombreux talents de la BD et créé de nombreux personnages.
C'est lui qui a largement formé Gir-Giraud- Moebius et a inspiré la série des Blueberry par ses personnages de Jerry Springs et paraît-il déjà Blueberry soi-même.
Dans l'école de Marcinelle on faisait des phylactères (des "bulles") rondes alors que dans l'autre école belge, celle de Bruxelles, les bulles étaient carrées. Dans la seconde il y avait beaucoup de textes, dans la première, qui était assez catho, on aimait les histoires édifiantes (Don Bosco, Christophe Colomb...)

Autoportrait de Jigé
(c'est fou ce qu'on peut faire avec un crayon, vous ne trouvez-pas ?)

A cette époque-là les bandes dessinées étaient destinées aux enfants; le genre était d'ailleurs plutôt méprisé (mais j'en ai lu beaucoup quand même).
Jetez un coup d'oeil sur le site suivant; il en vaut la peine.

http://www.live2times.com/1980-mort-de-joseph-gillain-dit-jije-le-maitre-de-la-bd-e--11444/

Enfin la peinture était bien de Zao Wou Ki, peintre chinois dont j'ai déjà parlé dans un blog précédent.

Au fait, connaissez-vous l'origine du mot "phylactère" ?



samedi 29 juin 2013

Avec tout ça j'allais oublier le parchemin.

Le parchemin a été inventé à Pergame, περγαμον, ville qui s'appelle Bergama, en turc parce que c'est une ville de Turquie, dans la province d'Izmir. Voici deux cartes, pour que vous ne vous y retrouviez pas trop.




Il paraît, on dit que le roi de Pergame, Eumène II, a eu l'idée un jour de se payer une belle bibliothèque, ce qui n'a pas eu l'heur de plaire au roi d'Egypte qui s'appelait Ptolémée V. Car comme l'Egypte possédait une fort belle bibliothèque à Alexandrie, il craignait que Pergame ne s'offre une bibliothèque encore plus belle que la sienne. Et rien que pour l'embêter, il a interdit qu'on livre du papyrus à Pergame.
Il faut savoir qu'on écrivait à l'époque sur des feuilles de papyrus (le mot papyrus a donné le mot papier) ; pas de papyrus, pas de bibliothèque !
Qu'à cela ne tienne, s'est dit le roi Eumène II soi-même, nous allons faire faire à la connaissance un grand bond : nous allons traiter des peaux pour écrire dessus.  Mais quelles peaux ? De chèvre, de mouton, d'agneau, de veau (le vélin) et même de porc, s'il vous plait ! Naissance d'une importante activité artisanale, celle des parcheminiers qui traitaient les peaux pour qu'elles puissent servir de support à l'écriture.

Vue de profil d'un honnête parcheminier à la fin d'une longue journée de labeur. Ceci dit, c'était dur et les peaux ça pue ! J'aime mieux menuisier.

On pouvait écrire sur les deux faces : le côté "fleur" et le côté "poil".

Les feuilles étaient assemblées de deux façons :
  • en "volumen" c'est-à-dire en rouleau,
  • en "codex" qui est l'ancêtre du livre.
Lorsqu'on est passé du volumen au codex, d'aucun se sont récriés devant ce progrès : qu'allons-nous devenir si on ne lit plus le menton sali ! (pour comprendre, essayez de lire un rouleau d'importance et vous saurez pourquoi on avait le menton sale).
"O tempora, o mores"

Pour pouvoir les réutiliser (c'était pas gratos), on les ponçait, ce qui en faisait un "palimpseste".
L'oubli corrigé, on passe à autre chose, demain.

Qui a dit, et dans quel contexte ?

«Enrichissez-vous par le travail, par l'épargne et la probité»



Voici son portrait (au cas où vous le reconnaîtriez) ; il a imposé l'enseignement primaire obligatoire en France et a proposé l'abolition de la peine de mort. Mais comme le roi dont il était ministre était devenu impopulaire, il a été emporté par sa démission et sali. On commence seulement à lui rendre justice ; il est temps.

Deuxième énigme : quel est l'auteur du dessin ci-dessous ?


Et celui de la peinture qui suit ?


Au fait : vos avis, remarques, réponses et suggestions sont bienvenus !


vendredi 28 juin 2013

Georges Orwell

"Ou l'horreur de la politique"
(le titre est emprunté à un livre de Simon Leys).

Eric Arthur Blair, sujet de Sa Majesté, né en Inde en 1903 dans l'état du Bihar. De tempérament rebelle ; après des études à Eton, il travaille comme sergent de la police britannique en Birmanie pendant cinq ans, poste qu'il quitte pour des raisons de santé, mais en réalité révolté contre les méthodes du colonialisme. Donc courageux mais raisonnable.
Après une période de petits boulots, il s'engage dans le POUM (Partido Oberero de Unificacion Marxista) pour combattre les forces de Franco et de ses alliés (la légion Condor envoyée par Hitler) lors de la guerre civile espagnole (1936-1939).
Pour information : la légion Condor est venue préparer le travail de 1940.
Gravement blessé à la gorge et sans doute déjà tuberculeux, il est réformé, juste à temps, parce qu'après cela c'était la seconde guerre mondiale. En Espagne il a pu observer les déchirements de la gauche internationale, ce qui l'a guéri du communisme mais pas de la tuberculose qui a fini par l'emporter en 1950, juste avant la sortie de "1984".
Re-photo donc.


A écrit "1984", "Animal farm", "Keep the aspidistra flying", "Homage to Catalonia", entre autres.
"1984" a été porté à l'écran, avec beaucoup de fantaisie et parmi bien d'autres références, par Terry Gilliam dans "Brazil" ; les ressemblances m'ont frappé d'emblée d'emblée.
Juste pour le plaisir, deux maximes qu'on pourrait intituler : de l'espoir des uns à la trahison des autres.




mercredi 26 juin 2013

Journalisme

Un célèbre journaliste américain, A.B. Liebling a écrit un jour :

"Il existe trois sortes de journalistes: 

  • le reporter qui dit ce qu'il a vu
  • le journaliste-interprète qui dit ce qu'il pense de ce qu'il a vu
  • l'expert qui dit ce qu'il pense de ce qu'il n'a pas vu."
Le troisième groupe serait de plus en plus nombreux. Ben voyons !
Pourquoi se gêner ?
Quand on est un peu journaliste, la solution la moins fatigante, celle qui permet de boucler à temps, de ne pas se mettre le rédac'chef à dos (ni le patron du journal) et de draguer profond, ce qui est toujours bon pour les publicitaires qui font vivre le journal.
Quand on est expert professionnel (souvent académique mais pas toujours), aucun risque : l'irresponsabilité stipendiée, avec en outre le plaisir de faire coucou dans le poste et de frimer dans les salons en se plaignant d'avoir encore dû faire une "télé" ("vous pouvez pas savoir ma pauv'dame ce que c'est astreignant").

Quand on est dupont ou durant, on est un super-expert : on n'a rien vu, on ne connaît rien, mais on cause quand même, dans les cafés, les restaurants, au lit, à table, à la plage...
C'est vrai ça quand même ! C'est pas parce qu'on n'a rien à dire et qu'on n'y connaît rien qu'il faut fermer sa g....

Voilà pourquoi je ne lis plus la presse, ne regarde plus la tv et n'écoute pas les "infos" à la radio. Parce que les "infos" sont la deuxième émission de fiction de la soirée, après la "météo".
(Et aussi pourquoi je deviens un peu ours; ma connerie me suffit; inutile de m'abreuver de celle des autres.)

Au fait en français on dit météorologie et information; des fois que vous auriez oublié ! Ce n'est pas un hasard si on estropie ces deux mots ; tripoter la langue, c'est manipuler les esprits.

Au fait connaissez-vous Georges Orwell ?
Voilà sa photo. Il a payé cher le droit d'écrire.



Et il avait compris avant tout le monde, en 1948, dans quelle sordide impasse menait le communisme soviétique. Son roman le plus fameux s'intitule "1984", qui est l'inversion de (19)48.
A lire donc, sans traîner, et aussi la fable intitulée "La ferme des animaux" (Animal farm).